Réseau école du Parti communiste français

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20180126-CP-Beauvais-Apéro-coco-débat de la section PCF

le 28 janvier 2018

20180126-CP-Beauvais-Apéro-coco-débat de la section PCF

26 janvier, Beauvais - Apéro-coco-débat « Classes et lutte des classes aujourd'hui »

le 25 janvier 2018

26 janvier, Beauvais - Apéro-coco-débat « Classes et lutte des classes aujourd'hui »

Invitation de la section PCF de Beauvais - L'humain d'abord

 

Apéro-coco-débat

« Classes et lutte des classes aujourd'hui »

intervenant : Igor Martinache

vendredi 26 janvier 2018 à 18 h 30

local « L'Humain d'abord » à Beauvais

34, rue du Faubourg-Saint-Jacques

 

Événement Facebook

 

Igor Martinache est enseignant et chercheur en Sciences Économiques et Sociales (Université de LILLE 1), auteur de plusieurs ouvrages et membre du Comité de rédaction de la revue Cause Commune, la revue d'action politique du PCF.

Alors que Macron nouveau « Président des riches » met en oeuvre méthodiquement le programme du Medef tout en s'efforçant de brouiller les cartes et les repères par un soi-disant « dépassement des clivages anciens », cette rencontre-débat sera un moment utile d'échanges sur les réalités des classes, des dominations de classe et sur les luttes de classes, dans notre pays aujourd'hui.

« Il y a une guerre des classes, c'est un fait. Mais c'est ma classe, celle des riches, qui est en train de la gagner. » - Warren Buffet, milliardaire américain

« La grande bourgeoisie représente aujourd'hui la seule classe consciente d'elle-même et mobilisée pour défendre ses intérêts, au sens large, pratiquant même, ironie suprême, un véritable "communisme pratique" » - Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon, sociologues

 

Contact : Jean-Michel Langlet (06 85 53 61 83)

 

Lutte de classe(s) n°8 : novembre 2017 - Apprentissage : C'est pour mieux te former mon enfant !

le 27 novembre 2017

Lutte de classe(s) n°8 : novembre 2017 - Apprentissage : C'est pour mieux te former mon enfant !

Au sommaire de ce numéro :

Édito : Apprentissage : "C'est pour mieux te former mon enfant..."

Une OPA sur la formation professionnelle initiale

L'apprentissage sans fard

Les propositions du PCF pour la formation professionnelle initiale

 

Pour aller plus loin :

Dans L’Humanité, un appel en faveur de la formation professionnelle : https://www.humanite.fr/lavenir-des-lycees-professionnels-609287

Dans Carnets rouges, n°8 :

Du côté de la recherche…

Du côté des syndicats…

 

Agenda

Jeudi 16 novembre
Loi travail XXL, attaques contre les services publics et la protection sociale, sélection à l’entrée de l’université... Face aux politiques libérales du gouvernement, mobilisons-nous !

Samedi 18 novembre
Assemblée nationale des animateurs de sections du PCF

Vendredi 1er et samedi 2 décembre
Université d’automne des communistes de Haute-Garonne (Toulouse). Marine Roussillon animera un atelier
sur le projet éducatif du PCF

Enrayer la domination de classe, Davy Castel

le 14 mars 2017

Enrayer la domination de classe, Davy Castel

à peine investi, le président fraîchement élu des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, semble bien décidé à mettre en œuvre avec rage plutôt qu’avec raison ses menaces de campagne : construction du mur à la frontière mexi­caine, réou­verture de Guantanamo et discours favorable à la torture, sanctions interna­tionales unilatérales et politique isola­tionniste, suspension de l’entrée sur le territoire états-unien de ressortis­sants de « pays musulmans », menace de retrait de l’accord sur le climat, mesures anti-avortement… Il y a des moments comme celui-ci où l’on préférerait nettement qu’un homme politique élu s’affranchisse de ses promesses électorales. Mais celui-ci semble croire aux bêtises qu’il profère. Ce qui ne le rend que plus inquiétant encore.

 

Tout ceci augure d’heures sombres pour le monde que nous partageons. Quoi qu’en disent ceux qui, aux États-Unis ou ici en France, partagent les vues de Donald Trump, cela démontre, non sans une certaine ironie, que les frontières n’ont aucunement le pouvoir de nous protéger des remous qui secouent nos voisins : nous subirons toutes et tous dans les années à venir les consé­quences de cette élection états-unienne. Il n’est pas de démonstration plus claire du fait que, aujourd’hui encore plus qu’hier, les peuples du monde sont liés par un sort commun ; ce n’est donc qu’ensemble qu’ils peuvent influer sur leur sort. Ce n’est pas moins de contact avec l’Autre qu’il nous faut, mais davantage.

Ainsi, le repli sur soi, l’intolérance, l’indifférence, la violence et la domination sont élevés au rang de valeurs cardinales, assumées, portées et propa­gées par la première puissance mondiale par l’intermédiaire de son chef d’État. De plus, ce dernier n’est pas le seul à se faire l’ambassadeur de ces valeurs rétrogrades. La première ministre Britan­nique partage ses conférences de presse et beaucoup de ses prises de position. Poutine et Assad ne démarrent pas 2017 acculés, loin s’en faut. Daech et les autres organisations djihadistes ne sont pas réduits à l’impuissance (cf. notre dossier central sur le terrorisme). Et la liste n’est pas close, malheureu­sement…

 

La France ne doit pas s’engager sur le chemin, qu’incarnent par leurs discours les candidats de la droite extrême et de l’extrême droite à l’élection présidentielle, de l’autoritarisme et de la libération des pulsions de haine et de revanche. Et non, sur ce point, le combat n’est pas perdu d’avance : à travers la primaire du PS se manifeste un réel désir d’espérance ; la droite, si sûre d’elle d’habitude, connaît un coup d’arrêt, sur fond de petits arrangements entre amis ; et l’extrême droite ne progresse plus, même s’il reste encore un très grand nombre de nos concitoyens qu’il nous faut convaincre qu’ils se trompent de colère. Dans ce contexte, les communistes ne ratent pas le rendez-vous de l’histoire et prennent toutes leurs responsabilités en œuvrant au quotidien au rassemble­ment du peuple de France autour des valeurs d’émanci­pation, de dignité, d’espoir et de combativité. Quelle que soit l’issue des élections présidentielle et législatives à venir, ce travail de terrain, de conscien­tisation et de mobilisation, se révélera d’une importante capitale pour nourrir la nécessaire résilience de notre peuple face aux multiples dangers et défis qui le guettent. C’est incontestablement l’enjeu capital de la période : restaurer la conscience de classe pour faire naître des solidarités, distinguer le véritable adversaire du bouc émissaire et développer collectivement les moyens de résister et d’inventer.

 

Oui, les combats à mener risquent d’être encore plus nombreux, plus intenses, et plus périlleux dans les semaines, les mois et les années à venir. Oui, les risques de dérive fasciste et de recul socioculturel majeur semblent plus aigus que jamais. Mais nous avons le pouvoir et le devoir de faire naître un nouvel espoir. Comme nous y invite Jean-Louis Aubert : « N'oublions jamais qu'au bout d'une nuit. Qu'au bout de la nuit, qu'au bout de la nuit. Doucement, l'aube revient quand même. Même pâle, le jour se lève encore. » Préparons l’éclipse, et préparons l’aube.

Davy Castel

 

Rédacteur en chef

de La Revue du projet

 

La Revue du projet, n° 64, février 2017

Lutte des classes, les Français y croient

le 08 octobre 2016

Lutte des classes, les Français y croient

La lutte des classes est une réalité pour 69 % des Français. Ce résultat figure dans une enquête Odoxa/Le Parisien/France Info du 29 avril dernier. 69 %, soit cinq points de plus qu’il y a trois ans.
« Les Français croient encore à la lutte des classes », note Odoxa. Il y a dans ce petit mot « encore » comme du dépit, de la surprise en tout cas.
Après plusieurs décennies de normalisation idéologique, d’appels au consensus mou, où la notion même de « classe » était bannie, où l’expression de « lutte de classes » faisait très XIXe siècle, ce résultat, avouons-le, est très intéressant et tout à fait encourageant.
L’enquête, il est vrai, intervenait au plus fort de la bataille contre la loi Travail et alors qu’on parlait beaucoup de l’affaire des Panama papers, un sujet qui a très fortement et durablement marqué l’opinion.
Citons encore Odoxa : « Dans un XXIe siècle naissant, à l’heure où le monde globalisé exacerbe la compétition, le profit et la rentabilité, on ne s’étonnera pas de la pertinence de cette “lutte” dans l’esprit d’un peuple (de droite comme de gauche à quasiment aucune différence) qui a toujours été idéaliste et porteur de nouvelles idées souvent copiées par d’autres dans le monde entier. »

 

Quand on demande aux sondés s’ils se sentent directement concernés, les sympathisants de gauche (69 %) et les sympathisants du FN (68 %) affichent les scores les plus hauts, 10 points supérieurs à la moyenne. Seuls les sympathisants de droite hors FN renversent les résultats puisqu’ils sont une majorité de 58 % à ne pas se sentir concernés par la lutte des classes.

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016
 

20160430-LeP-France-La lutte des classes reste d'actualité

le 01 mai 2016

20160430-LeP-France-La lutte des classes reste d'actualité

La lutte des classes au XXIe siècle

le 22 octobre 2015

avec Patrice Cohen-Seat, président d'Espaces-Marx, membre du Comité du projet

 

La lutte des classes

le 05 octobre 2014

La lutte des classes

Bourgeois et prolétaires

L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes.
Homme libre et esclave, patricien et plébéien(1), baron et serf, maître de jurande et compagnon(2), bref oppresseurs et opprimés, en constante opposition les uns aux autres, ont mené une lutte ininterrompue, tantôt dissimulée, tantôt ouverte, une lutte qui, chaque fois, finissait par une reconfiguration révolutionnaire de la société tout entière ou par la disparition commune des classes en lutte.
À des époques plus reculées de l’histoire, nous trouvons presque partout une complète articulation de la société en états(3) distincts, une hiérarchie variée de positions sociales. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves  ; au Moyen Âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de jurande, des compagnons, des serfs avec, en plus, à l’intérieur de presque chacune de ces classes, de nouvelles hiérarchies particulières.
La société civile bourgeoise(4) moderne, issue du déclin de la société féodale, n’a pas aboli les oppositions de classes. Elle n’a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles configurations de la lutte à celles d’autrefois.
Notre époque, l’époque de la bourgeoisie, se caractérise toutefois par le fait qu’elle a simplifié les oppositions de classes. La société entière se scinde de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes qui s’affrontent directement  : la bourgeoisie et le prolétariat.  

Karl Marx, Friedrich Engels, Le Manifeste du Parti communiste, Messidor/Éditions sociales, Paris, 1986, p. 53 sq. Traduction de Gérard Cornillet (modifiée)

 

Notes de La Revue du projet
(1)- Dans l'Antiquité, les citoyens romains se divisaient en patriciens, aristocrates issus d'une famille noble,
et plébéiens, simples hommes libres.
(2) - Au Moyen Âge et jusqu'au XVIIIe siècle, les métiers artisanaux étaient organisés sous forme corporative. Les maîtres de jurande devaient prêter le serment d'observer les règlements afférents à leur métier. Le travail n'étant pas libre, les compagnons étaient dépendants d'un maître pour pouvoir exercer.
(3) - Le mot « état » s'entend ici au sens d'ordre ou de corps social, comme lorsqu'on parle du « tiers état ».
Son unité peut être fondée sur un statut ou sur un type de revenu.
(4) - Théorisé par Hegel, le concept
de « société civile bourgeoise » désigne l'émergence d'une sphère sociale indépendante de la sphère politique proprement dite. L'émergence de
la société civile bourgeoise est contemporaine de la naissance
du capitalisme.

La lutte des classes est-elle le moteur de l’histoire  ? A-t-elle toujours existé et existe-t-elle encore aujourd’hui  ? Parler de lutte des classes suppose d’une part qu’on puisse définir ce qu’est une classe. Il faut donc trouver un critère permettant de déterminer ce qui distingue les classes des autres types de groupes sociaux. Dire que la lutte des classes est le moteur de l’histoire suppose ensuite que la classe soit l’élément pertinent pour comprendre le fonctionnement de la société, qu’elle soit un élément plus pertinent, par exemple, que l’individu. Enfin, dire que les classes sont en lutte suppose de comprendre l’enjeu et les modalités de cette lutte. En 1848, Marx et Engels mettaient en évidence une polarisation et une simplification des conflits de classes, lesquels tendaient à se réduire à la lutte entre bourgeoisie et prolétariat. Que pouvons-nous en retenir aujourd’hui  ?

L’histoire
 « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes ». Il s’agit de l’une des formules les plus fameuses du Manifeste ; et c’est en même temps l’une des plus problématiques. Marx et Engels cherchent à montrer, à l’aide d’exemples empruntés à des époques qui vont de l’antique cité grecque au capitalisme du XIXe siècle en passant par la société féodale, que la lutte des classes constitue un schéma pertinent pour comprendre les grandes évolutions historiques. Par exemple, la Révolution Française peut être comprise comme le dernier acte d’une lutte entre la bourgeoisie et l’aristocratie au cours de laquelle l’aristocratie a été vaincue en tant que classe dominante. Toutefois, Engels relativisera la formule, dans son ouvrage de 1884, L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État : des sociétés existaient avant la cité antique et présentaient une toute autre organisation sociale, certaines d’entre elles se caractérisaient par la propriété commune de la terre.
Que gagnons-nous à expliquer le passage d’une grande époque à une autre à partir de la lutte des classes ? Est-ce que cela signifie renoncer à toute forme d’explication qui ne serait pas strictement socio-économique et ainsi occulter l’histoire politique, religieuse, etc. ? Au contraire, la lutte des classes permet de donner un soubassement à une histoire globale des sociétés humaines. La première nécessité historique étant la production et la reproduction de la vie humaine, donc la production des moyens de subsistance (manger, boire, se loger, se vêtir, etc.), les conflits qui traversent la structuration économique de la société sont prépondérants.
Dans L’Idéologie allemande, Marx et Engels critiquaient ceux qui prétendaient comprendre la marche de l’histoire sans prendre en compte les rapports de production. Chercher à expliquer la chute de Rome uniquement à partir des conquêtes militaires des Barbares, réduire l’expansion française sous l’Empire au génie personnel de Napoléon, tout cela conduit à occulter des facteurs qui ne sont pas seulement des causes historiques parmi d’autres, mais qui constituent la condition de possibilité de toute histoire.

Les classes sociales
Pourquoi Marx et Engels mettent-ils l’accent sur les classes sociales ? Que sont-elles exactement et en quoi permettent-elles de rendre compte de la structuration économique de la société ? Ils n’ignorent pas que la division du travail dans les sociétés modernes produit une multiplicité de « groupes sociaux distincts » (Le Capital, III, ch. LII). Mais ces derniers ne sont précisément pas des classes sociales. Ils désignent des corps de métiers, des secteurs de la production, mais aussi des styles de vie, des modes de consommation, etc. Par exemple, « être paysan », c’est appartenir à un groupe social, que l’on peut étudier sociologiquement, dont on peut décrire les traditions et les coutumes, etc. ; mais « être paysan » ne définit pas encore la classe à laquelle l’individu appartient.
Dès lors, qu’est-ce qu’une « classe » si l’on accorde qu’elle n’est pas un « groupe social » ? Faut-il la définir par le niveau des revenus ? Ce critère est peu opératoire. D’abord, parce qu’en s’en tenant aux revenus, on ne peut délimiter clairement aucun groupe, les « subdivisions » allant à l’infini (deux ouvriers aux revenus différents pourraient ainsi appartenir à deux classes différentes). Ensuite, parce que le revenu est pour une large part une réalité dérivée, intelligible en faisant référence à la position que les individus occupent dans la production.
Parler de « classe », pour Marx et Engels, c’est affirmer que les sociétés humaines sont traversées par des relations de dominations. Dans le monde antique, l’esclave était entièrement soumis à la volonté du maître et, en même temps, travaillait pour lui. Dans le monde féodal, le compagnon ne pouvait exercer qu’en suivant un long apprentissage, qui était une forme de travail gratuit, auprès d’un maître de jurande dont le pouvoir n’avait guère de limite. On retrouve dans tous les cas la soumission à l’arbitraire et la contrainte à travailler pour un autre. Celui qui domine est donc celui qui est en mesure de contraindre les autres à travailler pour lui.
C’est finalement la propriété ou l’absence de propriété des moyens de production qui définissent les classes sociales. Celui qui ne dispose pas des moyens de production est à la merci de celui qui les possède même si, à l’époque moderne, il est son égal en tant que citoyen. D’abord parce que le propriétaire des moyens de production – à l’époque moderne, le « bourgeois » – contrôle l’accès au travail et donc au salaire. Ensuite, parce qu’il est libre d’organiser le travail du salarié, sa vie au travail, comme il l’entend.

La lutte des classes
La « lutte » des classes a des degrés d’intensité, elle est « tantôt dissimulée, tantôt ouverte ». Elle n’est pas pensée exclusivement sur le modèle de la crise révolutionnaire, elle commence à un niveau microscopique, par exemple dans le refus des cadences dans les ateliers. Elle gagne en intensité lorsque la masse « se constitue en classe pour elle-même » (Misère de la philosophie), lorsque la division objective entre oppresseurs et opprimés devient consciente pour les opprimés eux-mêmes. Elle atteint son apogée lorsqu’elle revêt un « caractère politique », lorsqu’il devient clair que le terme de la lutte est la fin de la domination de classe, l’émancipation de ceux qui ne possèdent pas les moyens de production.
La spécificité du capitalisme, selon Marx et Engels, serait d’avoir simplifié l’antagonisme de classe, le ramenant à l’opposition de deux termes : ceux qui possèdent les moyens de production (« les bourgeois ») et ceux qui en sont dépourvus (les « prolétaires »). Si l’on comprend dans le prolétariat l’ensemble du secteur tertiaire, si l’on y ajoute l’effondrement de la petite propriété du fait de la concurrence des grands groupes (la petite épicerie menacée par les centres commerciaux ou les chaînes, la fin des petites exploitations agricoles, etc.), la généralisation du salariat au cours du XXe siècle semble leur donner raison.

1848 : « un spectre hante l'Europe »
Marx et Engels rédigent Le Manifeste du Parti communiste entre la fin de l'année 1847 et le début de l'année 1848. Il s'agit d'une période de bouillonnement prérévolutionnaire : dès le mois de février en France et dès le mois de mars en Allemagne se produisent les premiers soulèvements qui donnent lieu au Printemps des peuples. Aux aspirations démocratiques, libérales et nationales qui animent l'Europe viennent s'ajouter des revendications sociales. En 1848, le mouvement communiste est en cours de constitution : depuis 1846, Marx et Engels ont créé un comité de correspondance communiste dont l'objectif est de coordonner, au niveau international, les différents groupes révolutionnaires. Le Manifeste est l'émanation directe du congrès de la Ligue des communistes qui se tient à Londres à la fin de l'année 1847. Il est donc le fruit d'un travail collectif.

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014
 

On connaît la chanson ! 1/2, Guillaume Roubaud-Quashie

le 12 février 2014

On connaît la chanson ! 1/2, Guillaume Roubaud-Quashie

Récemment invité à Bruxelles aux côtés de Maïté Mola, vice-présidente du PGE, et de l’excellent historien Pascal Dupuy, j’ai été amené à revoir ce très grand film qu’est La Marseillaise. Chronique de quelques faits ayant contribué à la chute de la Monarchie. C’est bien sûr un film sur la Révolution française – nourri aux meilleures sources – mais c’est aussi un film du Front populaire (1937-1938). Ce n’est pas le lieu pour en vanter les qualités artistiques et saluer, après Aragon, ce saisissant « réalisme lumineux ». Mais, par bien des aspects, ce chef-d’œuvre a toute sa place dans notre revue politique.
Car entre mille fortes questions, il pose celle des conditions et des contours du rassemblement social qui vint à bout d’un ordre millénaire. Car entre mille questions, il pose celle de la construction de l’unité victorieuse.
Nous sommes dans un village provençal de 1790. Un misérable paysan travaille une terre qui ne lui appartient pas ; un pigeon survient et mange ses récoltes ; le paysan l’abat mais, surpris la fronde à la main, est arrêté et jugé. C’est cette scène judiciaire qui va nous retenir : le petit propriétaire terrien, par ailleurs maire du village, Paul Girault, y fait face au seigneur du lieu.
« Le seigneur — Laissez les paysans tuer nos pigeons et bientôt ils brûleront nos châteaux.
Le maire — Ah oui ! Vous avouez donc que e sont vos biens et vos titres féodaux que vous défendez […].
Le seigneur —  Détruisez-les, ces droits féodaux après lesquels vous en avez tant, et c’en est fait de cette hiérarchie sociale […] dont vous êtes tout de même un bénéficiaire.
Le maire  — Hum hum… un bien petit bénéficiaire ! Oh mais je la connais la chanson ! Allez ! Elle consiste à vouloir me faire croire que si vos privilèges disparaissent, mon petit bien les suivra. Et que si je veux conserver ma modeste aisance, je dois me faire le défenseur des abus dont vous vivez. Enfin bref, que nos deux causes, celle du grand seigneur possédant la moitié de la contrée, et celle de Paul Girault, ancien premier maître sur les vaisseaux de Sa Majesté, sont solidaires. Tenez… »
Tout l’avenir de la Révolution se joue là, dans cette question : dans quel camp s’inscrira le petit propriétaire ? Celui des classes populaires et la Révolution triomphe (comme ici) ; celui de la classe dominante (ici, la noblesse) et le vieux monde poursuit sa vieille route.
Cette question des frontières du « eux » et du « nous » appartient assurément au XVIIIe siècle mais, mutatis mutandis, elle est une question toujours aussi décisive pendant le Front populaire si on veut bien se rappeler que le fascisme tente alors (non sans succès…) de prendre le pouvoir en s’appuyant sur ces classes moyennes et que les communistes, en ce domaine, sont engagés dans ce que Maurice Thorez appelle une formidable « course de vitesse ». On déploie alors tout un arsenal stratégique qui va de l’argumentation et des revendications politiques ciblant spécifiquement ce public à la création d’un quotidien comme Ce soir dont on confie la direction à des intellectuels susceptibles de capter leur oreille (ô combien quand les directeurs ont pour nom Louis Aragon et Jean-Richard Bloch), en passant par la réorientation de L’Humanité et la mise en avant de figures non ouvrières.
Mais assez d’histoire ! Cette Marseillaise a-t-elle encore quelque chose à nous dire (à nous chanter) trois quarts de siècle plus tard ? Poser la question, c’est y répondre… Qui n’entend ce message sans cesse susurré à ce monde de la « modeste aisance » : vous avez plus à perdre avec les classes populaires qui vont vous taxer jusqu’à rendre gorge, plutôt qu’à rester, avec nous, les très riches, qui sommes, dans le fond, comme vous. Qui ne voit les unes du Point désignant à ses lecteurs (et qui sont-ils si ce n’est, précisément, ces moyens à la « modeste aisance » ?) les ennemis communs : le cheminot, le chômeur, le fraudeur pauvre ? Disons les choses clairement : la grande bourgeoisie ne cesse de travailler à lier à elle ce monde divers et nombreux de la « modeste aisance », ces millions de Paul Girault de notre temps. C’est que leur poids dans la balance de l’évolution sociale et politique est évidemment très lourd : il demeure, aujourd’hui encore, décisif.
De ce point de vue, que dire, pour notre camp ? D’abord nous féliciter de tous les dispositifs anciens et récents dont nous sommes dotés pour ne pas abandonner ces divisions fournies aux dangereuses sirènes : de la fondation Gabriel-Péri aux Lettres françaises en passant par La Pensée (non que ces structures s’adressent exclusivement à ces portions sociales mais on comprend bien quel rôle privilégié peut être le leur dans ce segment social, tant que notre société restera aussi inégalitaire en matière culturelle). Sont-ils assez connus ? appropriés ? méthodiquement ouverts à toutes les richesses disponibles ? articulés ? Sans doute avons-nous là plus que des marges de progression mais le problème, perçu, est et sera affronté.
Il y aurait bien des pistes à évoquer encore mais la place manque et  il faut conclure.
Diviser pour régner, c’est l’éternelle devise des puissants : les coins qu’ils enfoncent dans le grand camp qui a intérêt à s’unir face à eux, varient avec le temps et il nous appartient de les analyser pour mieux construire les outils adaptés à leur expulsion. Du travail donc, encore et toujours – on y reviendra donc le mois prochain. Qui connaît la chanson d’aujourd’hui ?  

Rédacteur en chef

 

La Revue du projet, n° 34, février 2014
 

Les classes, un produit provisoire de l’évolution sociale, Christophe Darmangeat*

le 15 janvier 2014

Les classes, un produit provisoire de l’évolution sociale, Christophe Darmangeat*

Si aujourd’hui le droit de propriété  paraît inviolable, de toutes les sociétés ayant peuplé la surface du globe au cours de l’aventure humaine, seule une petite minorité a reposé sur l’organisation en classes.

Il y a quelques mois de cela, le pétard mouillé de la loi dite « Florange » qui, avant même d’être soumise au Conseil constitutionnel, s’est vue préventivement dépouillée de son maigre contenu, est venu rappeler à tous ceux qui l’avaient oublié (ou qui avaient feint de le faire) la hiérarchie des principes qui fondent notre société. Le droit de propriété y passe avant bien d’autres, et notamment avant celui, pour la collectivité, de contrôler l’usage des moyens de production. L’obligation de mettre une usine en vente plutôt que de la démanteler purement et simplement de peur qu’un concurrent s’en empare, enfreindrait ainsi le caractère « inviolable et sacré » de la propriété inscrit en lettres d’or massif dans la Déclaration universelle des droits de l’homme – comprenez : des droits de l’homme propriétaire.

L’humanité n’a nulle vocation naturelle à s’organiser en classes
Reconnaître à des individus, ou à des minorités, le droit de disposer presque sans limite des moyens de production utiles à la collectivité paraît aujourd’hui aller de soi, et le contester passe volontiers pour une odieuse atteinte à une liberté imprescriptible. Pourtant, de toutes les sociétés ayant peuplé la surface du globe au cours de l’aventure humaine, seule une petite minorité, les sociétés de classes, a reposé sur ce principe. Apparues pour les plus anciennes il y a environ 5 000 ans, elles ont peu à peu triomphé des autres organisations sociales au point que la dernière-née d’entre elles, le capitalisme, est devenue hégémonique. Mais tant la science préhistorique que l’anthropologie sociale, qui étudia ces autres organisations sociales alors qu’elles étaient encore vivantes, nous enseignent que l’humanité n’a nulle vocation naturelle à s’organiser en classes.
Si l’on remonte jusqu’aux temps les plus anciens, ce ne sont d’ailleurs pas seulement les classes, mais les simples inégalités matérielles entre individus qui étaient virtuellement inconnues. À l’époque contemporaine, bien des peuples avaient conservé des techniques et une structure sociale prénéolithiques. Les Inuits du Grand Nord, les chasseurs-cueilleurs d’Amazonie ou de la Terre de Feu, les Bushmen du Kalahari, les Pygmées des îles Andaman, les Aborigènes australiens, pour ne citer qu’eux, connaissaient certes de grandes différences de mœurs, d’institutions ou de croyances ; mais tous se caractérisaient par un ensemble de règles et une morale sociale qui empêchaient toute différence économique significative de se creuser entre membres du groupe, tout comme elles empêchaient l’apparition d’une hiérarchie de commandement. C’est ainsi que Charles Darwin, de passage en Terre de Feu, remarquait que « si on donne une pièce d’étoffe à l’un [des Indiens], il la déchire en morceaux et chacun en a sa part ; aucun individu ne peut devenir plus riche que son voisin » (Charles Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde, 1839). Des Andamanais, un ethnologue écrivait : « Ne pas satisfaire les sollicitations d’autrui est considéré comme une entorse aux bonnes manières. Ainsi, si un homme demande à un autre de lui donner quoi que ce soit qu’il possède, celui-ci s’exécutera immédiatement. » De sorte que « presque chaque objet [qu’ils] possèdent change constamment de mains »  (A. R. Radcliffe-Brown, The Andamanese Islanders, 1922).
Pratiquant un égalitarisme rigoureux en matière économique, ces sociétés n’avaient cependant rien de paradis perdus dans lesquels la vie n’aurait été que douceur et amabilité. Outre les privations et les souffrances dues à la faiblesse de leurs moyens techniques, les relations sociales elles-mêmes pouvaient s’avérer beaucoup plus rudes que ne laisse croire la légende tenace du Bon Sauvage. Même si l’on s’affrontait pour d’autres fins que s’emparer d’un butin matériel, la violence armée était courante. Quant aux rapports entre les sexes, contrairement à ce qu’avaient pensé certains pionniers de l’anthropologie sur lesquels se sont appuyés les premiers écrits marxistes sur le sujet, ils pouvaient, chez bien des peuples, être marqués par une domination masculine sans ambages.

Une première rupture :
la mise en place de l’obligation de paiements

La première rupture, et à ce jour sans doute la plus profonde, dans l’évolution des structures sociales survint lorsque les sociétés permirent à leurs membres de (voire les  obligèrent) à s’acquitter de certaines obligations par des paiements. Jusque-là, un mariage ou un meurtre entraînaient la nécessité d’une compensation ; mais celle-ci ne consistait jamais à fournir des biens matériels. Le futur mari devait par exemple chasser pour ses beaux-parents durant un certain temps. Le meurtrier devait accepter d’être blessé, ou tué, pour équilibrer le sang qu’il avait versé. On ne saurait dater avec certitude le moment où certaines sociétés commencèrent à imaginer qu’une vie (celle de l’épouse ou celle du parent occis) soit désormais équivalente à une certaine quantité de porcs, de coquillages ou de haches polies ; il est permis de penser que cette innovation sociale s’est produite pour la première fois il y a une douzaine de milliers d’années. On est en revanche davantage assuré du fait qu’elle fut consécutive à une nouvelle pratique économique : celle du stockage et de la sédentarisation.
À partir de ce point se développèrent des formes sociales inédites. Ces sociétés n’étaient pas encore des sociétés de classes : le territoire tribal, que ce soit pour la chasse ou pour l’agriculture, y restait d’accès libre pour chacun de leurs membres. Mais avec les paiements, ce sont la richesse et la monnaie qui avaient fait leur apparition, sous la forme de biens susceptibles d’être accumulés. Et si ces biens ne servaient pas à acheter son pain quotidien, chacun étant assuré de le produire par son propre travail, ils étaient néanmoins indispensables dans certaines circonstances socialement décisives : pour se marier ou pour éteindre une vendetta. Ces sociétés, postérieures à la révolution du stockage (qui ne coïncide que très imparfaitement avec l’invention de l’agriculture) avaient donc inventé l’inégalité matérielle — ce qui ne signifie pas, bien sûr, que cette invention procédait d’une décision consciente.

Des peuples inégalitaires mais dépourvus de classes
L’ethnologie regorge de descriptions de ces peuples inégalitaires mais dépourvus de classes, où certains personnages s’étaient incontestablement hissés au-dessus du sort commun, tant au point de vue économique que politique, et dont les possessions, tout en revêtant le caractère de biens privés, conservaient néanmoins une incontestable vocation sociale. À côté d’épisodes où ces riches s’emploient à extorquer de mille manières des biens ou du travail à leurs compagnons moins bien lotis, on dispose ainsi de témoignages éloquents sur des puissants remis au pas, parfois de la plus radicale des manières, pour n’avoir pas utilisé leur richesse personnelle à des fins suffisamment collectives. Ainsi, parmi les Inuits de l’Alaska occidental : « Celui qui accumulait trop de propriétés, c’est-à-dire qui les gardait pour lui-même, était considéré comme n’œuvrant pas pour le bien commun, de sorte qu’il devenait haï et jalousé par les autres. En dernier ressort, on l’obligeait à donner une fête sous peine de mort, et à y distribuer tous ses biens avec une largesse sans limites. Il ne devait également jamais plus tenter d’accumuler des biens. S’avisait-il de reporter trop longtemps cette distribution, il était lynché, et ses propriétés étaient distribuées par ses exécuteurs. Et du coup, on dépouillait même sa famille de tout ce qu’elle possédait ». Ce sur quoi un autre ethnologue pouvait conclure, à titre plus général : « Pour un individu, la possession prolongée de moyens de production au-delà de ce qu’il pouvait lui-même utiliser était un crime très grave dans l’ouest de l’Alaska, et les biens étaient l’objet d’une confiscation collective ». Cette remarque pourrait s’appliquer telle quelle aux sociétés sans classes de tous les continents.

La marche aux classes sociales a emprunté des chemins très différents
Pourtant, lentement, mais sûrement, la richesse et les inégalités qui lui étaient liées entraînèrent à leur tour des évolutions qui, au bout du compte, sapèrent le contrôle que la collectivité exerçait encore sur la terre et permirent à une minorité de la confisquer à son seul profit. Il est, je le crois, impossible de résumer ces processus en quelques mots sans tomber dans la caricature. Tout indique que la marche aux classes sociales a emprunté des chemins très différents d’une société à l’autre. Mais comme les fleuves qui, malgré les particularités de leurs cours, coulent tous infailliblement vers la mer, les sociétés inégalitaires, même si ce fut par des voies et à des rythmes différents, ont toutes peu à peu accumulé les conditions d’une authentique fracture entre dominants et dominés.
L’esclavage de guerre, aussi ancien que les premières inégalités, l’endettement des pauvres vis-à-vis des riches, souvent conclu par la mise en servitude du débiteur, l’exploitation économique des femmes, l’instauration d’un tribut initialement volontaire, puis de plus en plus imposé, ont pu, ensemble ou séparément, creuser l’antagonisme entre exploiteurs et exploités. Dans tous les cas, la croissance démographique finissait par se heurter à la limitation des terres disponibles ; or, le libre accès de tous aux moyens de production supposait l’existence de terres libres. Leur raréfaction ouvrait la possibilité qu’une minorité de puissants oblige le reste de la population à travailler gratuitement pour son compte en échange de l’accès à un territoire désormais monopolisé. L’exploitation de l’homme par l’homme, née plusieurs millénaires plus tôt dans les interstices des sociétés inégalitaires, pouvait désormais devenir le centre de gravité de toutes les formes sociales ultérieures.
Ni l’anthropologie, ni l’archéologie ne peuvent évidemment prouver par elles-mêmes que les formes sociales dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, si puissantes et solidement établies qu’elles puissent paraître, ne sont que transitoires, et qu’elles seront infailliblement balayées à leur tour. Mais elles le suggèrent avec une force aussi grande que la philosophie, qui sait depuis longtemps que « tout ce qui existe mérite de périr ». En ce qui concerne les classes sociales, le plus tôt sera le mieux. 

*Christophe Darmangeat est économiste. Il est docteur en économie de l'université Paris-X Nanterre.

La Revue du projet, N° 33, janvier 2014