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Carnets Rouges n°10, avril 2017 : école et politique(s)

 

 

Carnets Rouges est disponible sur commande en version papier.

Merci de bien vouloir remplir et expédier le bulletin  de souscription disponible en suivant ce lien.

 

 

Edito : Patrick Singéry. Christine Passerieux

L’école, première expérience politique. Marine Roussillon 

L’école est le premier espace où les futurs citoyens se confrontent aux autres dans un collectif. L’expérience scolaire, faite de rencontre, d’échange, de construction collective, est la première expérience politique. Cette expérience dure, pour la grande majorité d’une génération, entre 15 et 18 ans. Elle précède et prépare l’entrée dans le travail et dans la vie civique. Elle est fondatrice. C’est pourquoi un projet pour l’école est nécessairement un projet politique : un projet qui définit les frontières de ce que nous voulons mettre en commun et dessine les contours d’un partage des pouvoirs…

L’idéologie de la « modernisation de l’école ». Christian Laval

En 1976, Bourdieu et Boltanski soulignaient dans un texte remarquable, intitulé « La production de l’idéologie dominante »[1], un certain nombre de caractères distinctifs de la nouvelle idéologie dominante qui, à partir des années 1960, avait sous-tendu certains projets politiques comme la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas et de Jacques Delors ou encore le « libéralisme avancé » de Valéry Giscard d’Estaing. Le nouveau mode de domination s’affirme comme « révolutionnaire », toujours favorable au changement, toujours prêt à la rupture. La nouvelle idéologie conservatrice se veut non pas une défense mais une critique de l’état existant des choses, ce qui lui permet d’accuser de conservatisme tous ceux qui résistent au “changement”…

Pour une quatrième forme d’éducation. Alain Badiou

La politique consiste toujours à traiter les situations collectives du point de vue de l’avenir. Si l’on considère que les acteurs principaux de la politique doivent être les gens eux-mêmes, l’éducation, soit les moyens dont les gens disposent pour évaluer leur situation et s’orienter pour sa transformation, devient à l’évidence une donnée politique de première importance…

 

Sortir d’une bipolarisation mortifère pour avancer. Roland Huber

 

Un pour, un contre : situation classique, voire même rituelle dans un débat public. Ce qui conduit souvent à priver de parole celle ou celui qui ne se reconnaît pas dans ce partage sans nuances. D’autant que cette structuration de la confrontation d’idées ou d’opinions pousse, comme on l’a vu lors de l’imposition de la réforme dite «collège2016», à des caricatures du type : si vous n’êtes pas pour cette réforme c’est que vous êtes contre le progrès social ou économique ou tout simplement humain…

« Pédagogies alternatives », « Education nouvelle » : derrière les mots, quelles idéologies ? Patrick Singéry

On ne lit pas assez les écrits de Maria Montessori. En voici donc trois extraits :

« Une donnée intéressante à observer chez l'enfant de six ans est son besoin de s'associer avec les autres... Il aime s'associer aux autres dans un groupe où chacun joue un rôle spécifique : on choisit un chef et on lui obéit en formant un groupe uni. Il s'agit là d'une tendance naturelle grâce à laquelle l'humanité s'organise. Si au cours de cette période de vivacité intellectuelle et d'intérêt pour le social, toutes les possibilités de la culture sont offertes à l'enfant pour élargir sa conception et son idée du monde, cette capacité d'organisation va se former et se développer ; toute la lumière que l'enfant aura reçue dans son univers moral et les grands idéaux qu'il se sera forgés, pourront ainsi être utilisés dans le but de l'organisation sociale »…

Classe inversée : une révolution conservatrice. Hervé le Fiblec

La promotion récente au rang de modèle pédagogique indépassable et révolutionnaire de la « classe inversée » appelle sans doute de nombreuses remarques. Nous nous contenterons ici de la resituer dans trois problématiques qui lui sont directement liées : le retour à une approche très ancienne divisant l'activité de l'élève en deux volets (« études » et « leçon »), constitutive de l'enseignement secondaire du XIXème siècle, le mirage techniciste qui habite l'école depuis les années 1960 et enfin la modification structurelle de l'activité d'enseignement dans l'objectif de son aliénation croissante…

 

Teach for All : profs-leaders pour l’école-marché. Maria Noland

Dans un contexte économique de capitalisme avancé, où l’économie mondiale est dessinée en fonction des besoins accumulés d’une partie infime de la population, les institutions de l’Etat-nation, conçues par la bourgeoisie afin d’assurer le maintien d’une population productrice dépendante de l’économie nationale, ne sont plus utiles au capital mondial. Cette classe capitaliste mondiale parmi laquelle, grâce au libéralisme, à l’impérialisme, et à l’exploitation dans la durée, s’est amoncelée la majorité des ressources terrestres, est assoiffée de gains de productivité, stagnante depuis des années.

Face aux médias. Michel Deschamps

L’attention portée aux médias et, plus précisément, aux conditions de fabrication de l’information généraliste à destination des citoyens demeure une tâche politique essentielle. Non seulement les médias continuent d’influer sur la façon dont nous nous représentons le monde, réorganisent l’expérience individuelle et collective que nous en avons, y introduisent des éléments de visibilité, indispensables, dans le temps même où ils imposent leurs propres grilles de lisibilité. Le décryptage de cette interpénétration de l’informatif et du normatif reste, évidemment, un des axes de toute analyse critique des médias…

Quelles recherches pour des pratiques enseignantes soucieuses des apprentissages pour tous les élèves ? Elisabeth Bautier

Devant la difficulté à réduire les inégalités scolaires liées aux inégalités d'apprentissage, la tentation est grande pour le politique comme pour l'enseignant de chercher la méthode, LA bonne méthode, celle qui serait "efficace". Il est alors d'autant plus tentant de penser que les dernières recherches sur les apprentissages résoudront le problème, et selon les époques, on a pu ainsi voir l'institution scolaire promouvoir sous forme de stages l'existence d'élèves "visuels" ou "auditifs", la programmation neuro linguistique, les intelligences multiples, les cartes mentales… sans que leurs fondements théoriques et scientifiques aient été apportés, mais surtout sans que leur pertinence en particulier dans les situations d'apprentissages scolaires n'ait été prouvée…

Les leurres de la bienveillance. Paul Devin. Christine Passerieux

On pourrait aborder la question de la bienveillance avec une sorte d’innocence et choisir de croire en sa capacité à porter une transformation profonde des conceptions de l’éducation. Dans une société de domination sociale et économique, elle pourrait apparaître comme une formidable sollicitude pour l’autre, au service de l’épanouissement de chacun. On pourrait la croire portée par une éthique nouvelle du lien social. N’y aurait-t-il donc pas une forme de perversité, dans un monde souvent violent et égoïste, à interroger la pertinence d’un sentiment manifestement généreux et altruiste ? …

Une histoire scolaire de classe. Dominique Comelli

L’enseignement de l’histoire a toujours suscité polémiques et débats. S’y joue apparemment une identité de la France, mais aussi de son projet politique et civique. Mais l’histoire enseignée a t elle été un jour au service des classes populaires ?

Le classicisme contre la République. Olivier Ritz 

Dans un article récent (1), Alain Viala est revenu sur la polémique des programmes de français de l’an 2000, dont il a été l’un des principaux acteurs. Pour avoir présidé le groupe d’experts chargés de l’élaboration de ces programmes, il a été – et reste aujourd’hui – la cible principale de ceux qui s’y sont opposé. Une tribune publiée dans le journal Le Monde le 4 mars 2000 portait ce titre évocateur : « C’est la littérature qu’on assassine rue de Grenelle ». Le débat est moins soutenu aujourd’hui, mais la querelle n’est pas éteinte et, quand elle ressurgit, c’est avec la même dramatisation : l’enseignement menacerait de mort la littérature, rien de moins !

Prédicat : démocratiser la maîtrise de la langue n’est pas un problème de catégorisation grammaticale. Paul Devin

La polémique qui a cru pouvoir juger de la qualité de l’enseignement de la langue française autour de la question du prédicat est révélatrice des difficultés que nous rencontrons lorsqu’il s’agit de penser l’enseignement de la grammaire dans un pays où les réactions passionnelles sur le sujet font souvent fi de la question essentielle, celle de la finalité de cet enseignement à l’école.

Disons-le d’entrée, nous ne pensons pas que la simplification par l’introduction de la notion de prédicat voulue par les nouveaux programmes soit véritablement en mesure de contribuer à une meilleure maîtrise des usages de la langue et à la démocratisation des savoirs grammaticaux. Pour autant, nous ne pensons pas non plus qu’elle constitue un scandale témoignant d’un renoncement.

Entretien avec Patrick Tort

Propositions lecture

 

 


[1] In Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2/3 de juin 1976 Cet article a été récemment republié en volume par Luc Boltanski chez Demopolis/ Raisons d’agir en 2008.

 

 

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