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Edito, Carnets Rouges n°8

Lire Carnets Rouges n°8

Transformer l'école : refondation ou révolution ?

La refondation annoncée du système éducatif n'est pas au rendez-vous : elle s'inscrit dans un cadre idéologique, une vision sociale et une politique qui ne remettent pas en cause les dogmes libéraux de concurrence, de compétition, de réduction des coûts, notamment humains, servant ainsi de fait un système capitaliste en voie d'imposer une nouvelle division du travail conforme à ses intérêts.

Le rendez-vous est donc manqué avec l'exigence sociale d'une école de l'égalité de tous dans l'appropriation de savoirs véritablement émancipateurs : les textes programmatiques des premier et second degrés illustrent les contradictions d’un système décidément inégalitaire.   L'affirmation du "tous capables" inscrite dans la loi de refondation entre ainsi en contradiction avec la fonction de tri social qui continue à être assignée au système éducatif. Le risque est double : le bouleversement idéologique qu’apporte le tous capables se trouve réduit à de la com ; ou alors devient une injonction (discours et textes officiels) impossible en tant que telle à mettre en oeuvre, engendrant ainsi chez les enseignants, chez les élèves et les familles des classes populaires, frustration, sentiment d'impuissance, résignation (ou révolte...).

Il est alors urgent d'affirmer, et de rendre populaire, l'idée que l'école est un enjeu politique -mais aussi anthropologique et éthique- majeur, qu'entre "tous capables" et égalité de droits d'une part et un tri social fondé sur le tri scolaire d'autre part, il faut choisir ou à tout le moins relever les contradictions. Car c'est bien à partir d'une analyse lucide des contradictions du système public d'éducation tel qu'il (dys)fonctionne et tel qu'il est pensé et vécu par le corps social, que peuvent s'opérer les ruptures nécessaires à sa transformation :

Comprendre, pour mieux les combattre, comment opèrent la marchandisation de l'école, actée en 2000 à Lisbonne, et sa privatisation rampante, sans que les principaux intéressés en prennent la mesure, croyant même pouvoir y trouver leur compte.

Comprendre, pour mieux la combattre, comment l'idéologie la plus réactionnaire, qui fait la une des médias, prône une "innovation", une "bienveillance" qui s'appuient sur la naturalisation des différences entre individus, réactivant ainsi ce que l'on pensait être les vieilles lunes des dons ou du handicap socio-culturel, trouve un echo grandissant, y compris au sein du corps enseignant.

Comprendre (c'était le thème du précédent n° de la revue) comment le métier d'enseignant se trouve empêché, gagné par la précarisation, et comment les laissés-pour-compte du système scolaire, en particulier les élèves issus des classes populaires, sont désignés comme responsables voire coupables de leurs échecs et même du dysfonctionnement de l'école, de la maternelle à l'université.

La place de l'école ne cesse de s'affirmer tant dans les histoires individuelles que collectives, la complexification du monde dans lequel nous vivons exige que tous les enfants soient de mieux en mieux formés à réfléchir, comprendre, coopérer, si l'on ne veut pas les condamner, nous condamner, à la soumission et à la docilité d'exécutants de tâches et de "jobs" dénués de tout sens social. C'est bien en cela que l'école est l'espace même du politique.

 

La nécessité d'une autre école s'impose donc à tous. Elle s'inscrit dans un rapport de forces. Rapport complexe qui implique des responsabilités diverses, de niveaux différents, contradictoires et conflictuels.

Responsabilité des politiques (y compris "progressistes") bien sûr, dont on doit exiger la clarté politique sur l'enjeu, la définition et les conditions de fonctionnement d'un système éducatif public fondé sur l'égalité de tous et l'émancipation individuelle et collective.

Responsabilité des enseignants qui ne peuvent se satisfaire d'une formation initiale et continue exsangue et de conditions d'exercice du métier faisant l'impasse sur les conséquences sociales et humaines de toute pratique pédagogique.

Responsabilité des citoyens, c'est-à-dire de nous tous, qui ne pouvons nous contenter de laisser à quelques uns la possibilité de décider de cet enjeu de taille qu'est l'avenir de notre société. Un avenir qui se construit aujourd'hui : Quel rôle de l’école ? Quelle conception de la culture, des savoirs et des modalités de leur transmission...?

L'heure n'est plus aux petits aménagements, aux fausses réponses ("bonnes pratiques", nouvelles technologies...) qui sont autant de leurres pour ne pas affronter l'essentiel : la nécessaire égalité dans l'accès aux savoirs et l'affirmation en actes de la capacité de tous à apprendre, se transformer, s'émanciper....

"Se battre intelligemment dans le champ des idées est de capitale importance politique" écrivait Lucien Sève dans le n°5 de Carnets Rouges.

 

Christine Passerieux. Patrick Singéry

 

 

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