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Les cantonales : une étape dans la bataille pour la relance du collège unique

Article original paru dans La lettre du réseau n°40  d'octobre 2010

Le Haut conseil à l’éducation (HCE) a publié un rapport (1) qui préconise la mort du collège unique, sous prétexte qu’il serait « incapable de réduire » l’échec scolaire. Dans ce rapport le collège unique serait coupable « d’hériter des déficiences de l’école primaire » et de souffrir des mêmes « tares » structurelles que le lycée.

« Par son organisation pédagogique, le contenu de ses programmes et la formation de ses enseignants, le collège est conçu comme une préparation au lycée général » et c’est bien ça qui est remis en cause. Ainsi, l’enseignement général, qui inclut les enseignements scientifiques, culturels et artistiques, n’est pas perçu par les auteurs du rapport comme une nécessité pour tous. Le rapport souligne donc que l’école française, loin de réduire les inégalités sociales, les amplifie. Le but ,faire passer un « collège du socle commun des connaissances » restreint au lire, écrire, compter auquel on ajoute l’apprentissage d’une langue vivante, comme défini dans la loi de 2005.

Les programmes scolaires devraient alors s’adapter en séparant clairement le contenu pédagogique minimal, pour les moins bons élèves, et du rab pour les meilleurs : « En mathématiques, par exemple, les points du programme qui doivent être enseignés à tous, mais qui ne sont pas exigibles pour le socle commun, sont aisément identifiables car imprimés en italique. » Les professeurs seront tenus d’enseigner l’intégralité du programme aux élèves. Les plus méritants suivront, les autres auront droit à un programme « allégé ». Dans la même logique, le HCE préconise également la création, dès la sixième, d’un enseignement de culture manuelle et technologique « permettant de valoriser des aptitudes différentes ».

La boucle est donc bouclée, avec ces préconisations le collège n’est plus un lieu de préparation à la poursuite d’étude mais bien une gare de triage, avec la mise en place d’une éducation à deux vitesses. Les uns auront accès à la « culture » nécessaire pour poursuivre au lycée, les autres seront relégués, sans possibilités de choisir, à une « culture manuelle et technologique » au rabais (alors que si elle tait enseignée à tous, ce serait un contenu intéressant et ambitieux) qui sans trop d’imagination conduira à un apprentissage ou un CAP.

Ceci répond toujours plus à la stratégie de Lisbonne et à l’économie de la connaissance visant à l’objectif d’une génération de 50% à Bac +3 pour répondre aux nouveaux enjeux des marchés, économisant sur l’éducation des 50% restants.

D’autant que, si l’on relie ces informations avec le rapport Grosperrin (2) , complémentaire, sur l’application du socle commun au collège, il est clairement envisagé de faire de certains collèges et des écoles élémentaires qui lui sont associées, des « écoles du socle commun » où l’objectif se limite à celui-ci. En assouplissant la dotation pour qu’elle se centre sur le socle (traduction : pas de profs de disciplines « superflues pour les pauvres »).

Depuis des années les différentes contre-réformes déclinent la même logique, en primaire, au lycée comme à l’université. Désormais Chatel s’attaque au collège unique. Bien qu’il affirme que la réforme ne sera réellement précisée qu’en 2012 ces différents rapports montrent les grandes de ce qu’elle pourrait être demain autour de quelques grands axes qui s’articulent

:

• L’autonomie des établissements quant aux objectifs et aux dotations (quels profs de quelle discipline) : en clair, un programme différent selon les publics. Et une autonomie de financement : réduction des moyens nationaux (fin de l’objectif d’égalité), laissant les établissements faire appel aux inégales possibilités locales, dont les collectivités territoriales.

• La révision du statut, des missions et de la formation des enseignants : à embaucher localement en étant soumis au marché.

• L’individualisation des cursus, l’évaluation des élèves par compétences, laissant tout ce qui est en dehors du « socle commun » à la validation de compétences individuelles « en option ».

Ainsi, des établissements seraient cantonnés à n’accueillir que les élèves de familles les plus populaires, en ne visant que le minimum, le reste relevant du chantage envers les collectivités : si vous voulez davantage de disciplines (sciences, EPS, arts, etc.) ou des contenus plus poussés que le minimum en maths et français, que les collectivités embauchent des contractuels. Mais comme les collectivités ont des moyens inégaux, elles ne pourront pas toutes payer, transformant certains établissements en lieu d’activité occupationnelle sans objectif d’enseignement exigeant. Et dans les établissements où seraient enseignés les contenus qui permettent de poursuivre les études en lycée, les élèves seront aussi perdants avec des classes surchargées, avec une probable participation financière des familles, et des kilomètres à parcourir pour se rendre à l’école. En renforçant la logique de sélection au détriment de celle de démocratisation, le gouvernement continue à transformer le système éducatif français pour toujours plus répondre aux besoins des capitalistes.

Ces rapports remettent en cause la loi de 1975 instituant le « collège unique » qui est à l’origine d’acquis majeurs : la démocratisation de l’enseignement, l’organisation du système éducatif. Ils pointent effectivement des difficultés du système scolaire, mais sur le ton de « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage ! »

Face au bilan mitigé de la scolarité unique (qui a permis à des élèves de tous milieux d’accéder aux études longues mais où les inégalités sociales de réussite scolaire persistent), le choix des communistes est à l’opposé : relaçons la scolarité unique. Ses insuffisances viennent de ce qu’elle n’a pas été assez unique. Ouvrir les portes de la poursuite d’études aux enfants des classes populaires était nécessaire mais insuffisant : il faut créer les conditions pour que chaque jeune apprenne. Tous en sont capables, mais pas à n’importe quelles conditions. L’État doit assurer sa responsabilité avec des enseignants en nombre suffisants, avec la recherche et la formation des maîtres pour transformer les pratiques. Les conseils généraux pour le collège, comme els villes pour els écoles, doivent refuser de s’y substituer, ce que de toute façon ils ne pourront pas faire. Leur rôle est ailleurs : créer les conditions de l’action des équipes pédagogiques avec des bâtis et des équipements de qualité (informatiques, sportifs, culturels…), des cartes scolaires plus justes.

Si la gauche est unique contre la droite, elle est divisée sur les solutions. Beaucoup de forces cèdent au renoncement. À nous de faire entendre nos exigences pour l’égalité, donc pour la scolarité unique, qui est indispensable à une prolongation d’études réussie pour tous. Les candidats communistes aux élections cantonales peuvent faire entendre les dangers de ce qui se trame, leur refus du chantage, et l’alternative qu’ils proposent au niveau national(3) et au niveau local.

Émilie Lecroq, Stéphane Bonnery

1. http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/60.pdf

2. http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2446.asp . Voir notamment p. 84 !

3. Voir nos propositions pour relancer la scolarité unique avec la transformation des contenus de la culture commune et pour lutter contre les inégalités de réussite.

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