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L'exigence d'une école de l'égalité - interview de M.Roussillon dans CommunisteS

L'exigence d'une école de l'égalité

Depuis les attentats et la riposte citoyenne du 11 janvier, le rôle de l'école revient volontiers dans le débat public. Dans les sondages, l'école est à la fois plébiscitée et critiquée. Qu'en pensent les communistes ? Entretien avec Marine Roussillon, responsable du secteur Ecole.
 
APRÈS LES ÉVÉNEMENTS DE JANVIER, L’ÉCOLE EST AU CENTRE DES DÉBATS; LA TONALITÉ GÉNÉRALE EST PLUTÔT RÉPRESSIVE ? COMMENT TU APPRÉCIES CETTE FOCALISATION ?
 
MARINE ROUSSILLON:
Cet intérêt pour l’école est contradictoire. D’un côté, il y a une manipulation : la surenchère médiatique autour de la minute de silence a permis d’occulter le débat sur la politique étrangère de la France, de faire monter d’autres débats – sur la place de l’islam et des quartiers populaires – qui n’ont pas grand-chose à voir avec les attentats et de faire revenir le FN sur la scène politique, alors qu’il avait été marginalisé par les marches du 11 janvier.
 
Mais d’un autre côté, cela révèle qu’en France, le service public d’éducation porte l’ambition du vivre-ensemble. L’exigence d’une école de l’égalité monte comme une condition pour pouvoir faire société. Alors que les batailles se multiplient sur les moyens alloués à l’école, le gouvernement refuse de remettre
en cause la politique d’austérité et ne débloque aucun moyen nouveau.
 
Les réponses du gouvernement se déclinent en deux volets : des annonces sur l’enseignement de la laïcité et la mixité sociale qui cherchent à répondre à la volonté de vivre ensemble, mais qui s’inscrivent dans la continuité des politiques libérales ; une politique répressive qui stigmatise une partie de la jeunesse.
Il s’agit de détourner les aspirations à l’égalité en divisant le peuple, et de donner l’illusion d’une « refondation » de l’école sans remettre en cause ni l’austérité ni les logiques inégalitaires.
 
QUELLE ALTERNATIVE POUR L’ÉCOLE ?
M. R. : La continuité des politiques libérales, malgré le changement de gouvernement, tend à faire croire qu’il n’y a pas d’alternative. Pourtant, des propositions existent à gauche, chez les syndicats, les associations, les chercheurs pour une transformation progressiste de l’école qui réponde à l’exigence d’égalité, au besoin de culture commune et d’une hausse du niveau de qualification.
Ensemble, nous pouvons construire un plan d’urgence pour l’école de l’égalité autour de trois axes : égalité territoriale, construction d’une culture commune, rupture avec l’austérité et développement du service public.
 
L’accès à l’éducation ne peut pas dépendre de la région, de la commune ou du quartier où l’on vit : il faut revenir sur les mesures d’« autonomie » qui mettent en concurrence les territoires, les établissements et les familles, et rétablir une carte scolaire contraignante. L’école a la responsabilité de construire une culture commune de haut niveau pour les adultes de demain : les programmes doivent être les mêmes pour tous jusqu’à la fin du collège, la scolarité obligatoire doit être prolongée pour transmettre à plus d’enfants des savoirs plus complexes et une même formation doit être reconnue par une qualification égale.
 
L’apprentissage de la citoyenneté ne peut pas se réduire à des cours de morale laïque : les établissements doivent devenir des espaces de démocratie, avec un statut de représentant de parents d’élèves, des droits nouveaux pour les collégiens et les lycéens. Tout cela nécessite des moyens. Certes, des postes ont été créés : mais ils ne permettent pas de faire face à l’augmentation du nombre d’élèves.
 
La situation continue donc de se détériorer. Il est temps de rompre avec l’austérité, créer des postes, instaurer un pré-recrutement, revaloriser les salaires, assurer la gratuité réelle de l’éducation, rétablir les fonds sociaux. Les associations éducatives et pédagogiques laïques doivent retrouver les moyens de
fonctionner. Une école inégalitaire, c’est une société divisée, des citoyens et des travailleurs isolés. Familles, enseignants, personnels de l’éducation, salariés, nous sommes nombreux à avoir intérêt à une transformation progressiste de l’école. C’est possible et c’est urgent.
 
LE CN A DÉCIDÉ D’UNE INITIATIVE PROCHAINE SUR L’ÉCOLE DE L’ÉGALITÉ ; COMMENT CONSTRUIRE CETTE INITIATIVE ?
M. R. : Le constat de la crise de l’école est largement partagé. Notre objectif doit être de faire entendre des solutions et de les mettre en débat pour les rendre majoritaires. Dès maintenant, la bataille pour un même droit à l’éducation sur tout le territoire peut être centrale dans la campagne des cantonales : puisque le gouvernement parle de « mixité sociale », mettons-le face à ses responsabilités et obtenons le retour à une carte scolaire contraignante. L’initiative nationale sera d’autant plus visible et rassembleuse qu’elle sera nourrie de rencontres et d’initiatives locales. Partout, mettons en débat nos propositions parmi les acteurs de l’école, les forces politiques, les citoyens. Le réseau Ecole prépare un document présentant nos propositions clés pour l’école de l’égalité. La revue Carnets rouges, maintenant disponible en version papier,
peut aussi être un support de débats.
 
Propos recueillis par Gérard Streiff
 

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