Réseau école du Parti communiste français

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Débats Fête de l'Humanité 2014 : "Quels programmes pour une culture partagée" et "Quelle formation pour une nouvelle industrialisation ?"

L'école était au centre de plusieurs débats à la fête de l'Humanité. Voici les comptes-rendus de deux d'entre eux : "Quels programmes pour une culture partagée" et "Quelle formation pour une nouvelle industrialisation ?"

Quels programmes pour une culture partagée ?

A l'occasion du lancement de la revue "Carnets rouges", débat animé par Christime Passerieux, rédactrice en chef de la revue.
Samedi 13 septembre.

Le débat  s'est articulé autour de trois grandes questions :

                I. Pourquoi cette question est-elle une question politique ?

                II. Quels seraient les "fondamentaux" pour aborder un monde qui se complexifie ?

                III. Que fait-on du constat ? Comment sortir de la morosité ambiante ?

I. Pourquoi est-ce une question politique ?

Pierre Clément , chercheur en sociologie:

  • Parce que les programmes sont un facteur déterminant dans les inégalités de réussite scolaire
  • Parce qu'ils dessinent un projet de société, celui de l'homme et du citoyen qu'on veut former
  • Parce qu'ils font l'objet d'une mise en place de structures institutionnelles.

Gisèle Jean, syndicaliste, Corpus :

  • On a trop entériné l'idée que l'école reproduisait automatiquement. C'est un combat politique  de montrer  qu'il n'y a pas d'adéquation automatique.
  • Parce qu'une bagarre est à mener pour que les acteurs soient intégrés aux structures de mise en place de ces programmes. Ils sont trop souvent marginalisés, et la méthode actuelle ne marque pas de changement notable à ce niveau.

Yves Peuziat, IA-IPR, syndicat des inspecteurs d'académie

  • C'est une question qui doit être au coeur de la formation des enseignants (par exemple la notion de compétences, à penser pour l'école.
  • Elle engage la réalisation du "tous capables", affirmation politique fondamentale.

Marine Roussillon, membre du CEN du PCF en charge des questions d'éducation

  • Ce n'est pas le politique qui élabore les savoirs. En revanche, son rôle est de veiller, s'agissant de l'enjeu essentiel de l'élaboration des programmes, à ce qu'ils donnent lieu à un débat démocratique entre experts et praticiens.
  • C'est une question politique, parce qu'elle met en jeu la démocratisation de l'école et du partage d'une culture commune, fondement d'un projet de société.
  • Dans le cadre d'un projet de société fondé sur l'émancipation des individus, il s'agit de concilier la nécessité de transmettre des savoirs et de donner les moyens de s'émanciper de l'existant pour être capable de le transformer.

II. Quels seraient les fondamentaux pour aborder une culture qui se complexifie ?

Yves Peuziat

  • Comment interroge-t-on les réalités pour les problématiser ?
  • Comment construire un questionnement du monde ?

Marine Roussillon

  • Cette question devrait faire l'objet d'un débat très large qui déborde du cadre de l'école.
  • La notion même de "fondamentaux" est déjà un problème. Plutôt que de raisonner en terme d'empilement de savoirs, il est important de définir ce qui donne des clés et des accès.
  • Le cadre disciplinaire est très important à ce titre, car il garantit le regard sur l'histoire des connaissances, de leur construction et de leur déconstruction possible.

Gisèle Jean

  • Ce qui est difficile est de penser les savoirs en terme d'objets construits. C'est la déconstruction qui est à la fois essentielle et complexe.
  • La réinterrogation par l'histoire des connaissances est essentielle
  • On est dans un rapport de suggestion très fort des contenus universitaires, dont il est difficile de repenser la construction historique, tant ils semblent s'imposer comme des évidences.

Pierre Clément

  • Comment fait-on pour instaurer sur cette question un débat démocratique ?
  • Quand on se pose la question de "quels contenus ?», ne pas oublier de poser la question des sources, la question de "à  qui on enseigne et dans quelles perspectives ?", la question de l'évaluation.

III. Que fait-on avec tout cela ? Comment sortir de la morosité ?

Cette dernière question ouvre le débat avec  le public.

Différents intervenants, à la tribune ou dans l'assistance,  prennent brièvement la parole sur les points suivants :

1.Le levier essentiel que constituent les enseignants : nécessité de porter sur eux, sur leur expertise, un autre regard, et cesser de chercher à imposer des modèles descendants;

2. Rappel de questions connexes à celles qui étaient posées :

  • Quelles formes donner au travail scolaire ?
  • Quelle évaluation ?
  • Le pouvoir politique a-t-il la légitimité à garantir la liberté pédagogique ?
  • Les acteurs invités à débattre de ces questions doivent avoir tous les éléments en main;
  • Une remise en cause perpétuelle est indispensable;

3. La question  des contenus à transmettre ne peut se poser indépendamment de celle des moyens en place dans les établissements : question des postes d'enseignants, du paramédical, de la gestion du handicap

4. Il s'agit de mettre en mouvement les enseignants sur ces questions, ce qui n'est pas simple.

5. C'est dans la cité que doit se mener le débat, ce n'est pas un débat qui doit être réservé aux experts.

6. La question du "par où peut-on passer ?" engage celle des moyens.
Un travail idéologique est indispensable à mener pour convaincre du "tous capables", ce qui n'est pas acquis.
Il est important de ne pas négliger la question des qualifications et des diplômes.

7. Il faut dépasser la fausse opposition entre "contenus d'enseignement" et "moyens d'enseignement". Les contenus doivent intégrer pleinement le souci de leur mise en oeuvre, dans le temps (cadre horaire..) et dans l'espace (postes, ...)

8. Il est désolant de constater sur ces sujets une certaine incompétence de la haute administration. Qu'est-ce qui fait le caractère national de la formation ?

9. Il est important de combattre  une certaine médicalisation de la difficulté scolaire.

10. Il faut refuser les pseudo-consultations qui ne donnent que l'illusion que les acteurs ont leur mot à dire, ce qui semble se profiler pour la consultation sur le nouveau socle.

Quelle formation pour une nouvelle industrialisation ?

Débat animé par Laurence Zaderatzky, membre du CN
Dimanche 14 septembre.

Jean-Philippe Maréchal, responsable national CGT de la formation professionnelle

  • un constat : la formation continue subit une amputation d'1/3 de ses moyens.
  • un transfert s'opère du salaire brut vers le salaire net de la part consacrée à cette formation : la volonté patronale est de transférer sur l'individu la charge de son employabilité.
  • dans ces conditions, il est indispensable d'investir politiquement le terrain de la gestion de la formation industrielle.

Cathy Apourceau-Poly, présidente du groupe communiste de la région Nord Pas-de-Calais

  • Dans la région Nord-Pas de Calais, 2/3 des emplois détruits le sont dans l'industrie.
  • On transfère aux régions la responsabilité de la carte des formations professionnelles.
    Il faut veiller dans ce cadre à maintenir un tissu national des formations, à ne pas subordonner la formation à une adaptation au court besoin immédiat (exemple de l'automobile dans cette région).      
  • Un vrai partenariat, responsable, doit s'instaurer entre l'Etat et les régions pour éviter que des réformes décidées par l'Etat n'entraînent un gâchis au niveau des équipements régionaux : la réforme des bacs STI à fait perdre à la région Nord Pas de Calis 11 millions d'équipement.

Dante Bassino, CGT éducation

  • La réforme du lycée professionnelle avec les nouveaux bacs pro en trois ans n'a pu se faire à taux de réussite constant que par la généralisation du contrôle continu, utilisé pour obtenir les résultats souhaités.
  • La formation continue des enseignants en LP se réduit le plus souvent à de l'auto-formation.
  • Le seul credo gouvernemental est celui du tout apprentissage, et la carte des formations remise aux régions est trop souvent soumise à des intérêts locaux particuliers.
  • Du point de vue du statut des personnels, la volonté gouvernementale est d'aller vers un recrutement des enseignants par la région.
  • De façon globale, il manque une vision d'ensemble de la question d la formation professionnelle, initiale et continu.

Cathy Apourceau -Poly

  • La tendance actuelle est effectivement de vider la formation professionnelle pour envoyer en apprentissage.

Marine Roussillon, membre du CEN en charge des questions d'éducation

  • La question de la formation professionnelle initiale et continue renvoie au projet d'une formation de l'individu qui lui permette d'avoir la maîtrise de son travail.
  • Elle pose également la question de la qualification : toute formation doit déboucher sur la reconnaissance d'une qualification.
  • Il est indispensable d'intégrer la formation professionnelle à la culture commune.

Le débat avec la salle porte essentiellement sur la question de l'apprentissage : certains intervenants témoignent du bénéfice qu'ils en ont tiré et y voit un moyen de promouvoir les enfants des milieux populaires. D’autres interventions en montrent les limites et les dangers.

Laurence Zaderatzky , membre du CN

  • Un projet industriel pour la France passe par le service public d'éducation et d'orientation, et par un allongement de la scolarité obligatoire, des diplômes nationaux, le développement de la formation professionnelle continue, l'augmentation des niveaux de qualification, de nouveaux droits pour les salariés en matière de gestion de la formation professionnelle.

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Reportage photo de Jean-Paul Romani