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Un dispositif qui déroge à une scolarisation « pleine et entière » , par Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice des Hauts-de-Seine

Madame Najat VALLAUD-BELKACEM 

Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche 

110, rue de Grenelle 75357 Paris 07

Madame la Ministre,

Je souhaite appeler votre attention sur la situation de plus de 11 000 élèves qui, trois semaines après la rentrée, n’ont toujours pas de solution de scolarisation. C’est notamment le cas des lycéens « recalés » au baccalauréat souhaitant redoubler et qui se trouvent, faute d’ouvertures de classes en nombre suffisant, privés d’affectation en terminale. Dans les Hauts-de-Seine, une trentaine de lycéens, dont près d’une vingtaine sont issus de la filière ES du lycée Guy de Maupassant de Colombes, classé en ZEP, sont concernés.

En février dernier, dans une question écrite adressée au Ministre de l’éducation nationale de l’époque, je m’étais déjà inquiétée des conditions d’accueil des élèves dans mon département pour cette rentrée, compte tenu de la hausse attendue des effectifs et de l’insuffisance de certaines dotations globales horaires, dont celle du lycée Guy de Maupassant.

Selon les informations qui m’ont été communiquées par le Directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) des Hauts-de- Seine, il a été fait le choix dans le département de mettre en place, à destination de ces lycéens « recalés », un simple dispositif de « repréparation » au baccalauréat.

Ce dispositif leur permet de bénéficier de quelques heures d’enseignement dans les seules matières où ils n’ont pas eu la moyenne au baccalauréat, en vue de se représenter à l’examen en candidat libre. Le choix d’un tel dispositif n’est pas sans m’inquiéter et ce pour plusieurs raisons.

D’une part, il déroge au droit à la scolarisation, principe pourtant fondateur du service public de l’éducation nationale.

D’autre part, la solution proposée me semble aller à l’encontre de l’objectif de lutte contre l’échec scolaire, priorité pourtant inscrite dans la loi de refondation de l’école. En effet, s’agissant d’élèves rencontrant des difficultés scolaires - et dont certains sont issus de milieux populaires - cette situation ne peut que s’apparenter à une « double peine ».

Alors même que ces élèves ont justement fait le choix, non pas de « décrocher », mais bien de redoubler pour repasser leur examen en vue de poursuivre des études. Or ce dispositif fait totalement l’impasse sur cet objectif de préparation à la poursuite d’études supérieures pourtant essentiel.

En effet, si l’année de terminale se conclut par l’épreuve du baccalauréat, elle constitue aussi une première étape très importante en termes de socialisation et d’inscription dans une dynamique de préparation à la poursuite d’études, dont ces élèves seront privés faute de pouvoir bénéficier d’une nouvelle année de scolarisation pleine et entière.

Prenons l’exemple d’un élève concerné par ce dispositif qui aurait obtenu 11 en anglais et qui souhaiterait, s’il a son bac, s’orienter ensuite vers une licence d’anglais. Avec ce dispositif, il ne pourra bénéficier d’heures d’enseignement d’anglais et ce pendant toute une année scolaire ! Comment imaginer qu’il ne sera pas pénalisé à son entrée à l’université par rapport aux autres élèves de terminale.

C’est pourquoi, au-delà de la préparation au baccalauréat, tout à fait indispensable, la question de la préparation de tous les élèves à la poursuite d’études doit aussi être prise en charge par le service public d’éducation nationale. Ce que permet une scolarisation « classique » via un redoublement en terminale, solution dont ces élèves pensaient pouvoir bénéficier et que je soutiens. J’ai d’ailleurs déjà j’ai interpellé le DASEN des Hauts-de-Seine en ce sens.

Il en va de la réussite des élèves et de la cohérence de notre politique éducative en termes de lutte contre le décrochage et l’échec scolaires.

Soucieuse que le service public de l’éducation nationale puisse donner à tous les élèves les mêmes conditions de réussite, je tenais donc à vous faire part de ma très vive inquiétude quant à la mise en place d’un tel dispositif dérogeant à une scolarisation « pleine et entière », seule à même de donner à ces lycéens toutes les « armes » pour réussir leur baccalauréat et surtout mener à bien une poursuite d’études dans le supérieur.

Vous remerciant par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma haute considération.

Source : http://www.groupe-crc.org/Un-dispositif-qui-deroge-a-une.html

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Un dispositif qui déroge à une scolarisation « pleine et entière » , par Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice des Hauts-de-Seine