Réseau école du Parti communiste français

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Vers un temps libéré

Par Marine Roussillon, responsable du réseau école du PCF.

 

Travail du dimanche, horaires décalés, heures supplémentaires, intérim et précarité… Le temps de travail prend de plus en plus de place dans nos vies, et nous sommes de moins en moins libres d’organiser notre temps[1]. La peur de perdre son emploi, la nécessité de boucler les fins de mois, obligent les uns à sacrifier leur vie de famille, les autres à accepter des temps partiels imposés. Quel temps vraiment libre reste-t-il à l’ouvrier en horaires décalés ou au cadre contraint d’apporter du travail à la maison après les heures de bureau ? Et à l’échelle d’une vie, quelle place reste-t-il pour un temps libéré quand de plus en plus d’étudiants doivent travailler et quand l’âge de la retraite ne cesse de reculer ? Le temps, c’est de l’argent ! Et le temps libre, gratuit, consacré à des activités non marchandes – et pourtant si nécessaires à l’individu comme à la société – disparaît sous la pression de la rentabilité.

Avec la réforme des rythmes scolaires, c’est bien de temps qu’il s’agit : quel temps pour l’école, pour la famille, pour les activités extrascolaires ? La droite a supprimé en 2008 des heures de classe en primaire et a fait disparaître la plupart des postes permettant de scolariser les enfants dès deux ans : en nombre d’heures, ce sont deux années de scolarité qui ont été volées à toute une génération. Avec la réforme des rythmes, le gouvernement socialiste avalise cette suppression : on revient à 4 jours et demi de classe, mais pas à une semaine de 26 heures. Le temps pris à l’école est transféré aux collectivités locales, qui souvent n’ont pas les moyens matériels d’en faire une utilisation à la hauteur de leurs ambitions et qui ne sont pas à égalité face à cette nouvelle mission.

Moins de temps pour l’école. Moins de temps pour l’école, c’est moins de temps pour faire réussir tous les élèves, moins de temps pour construire une culture commune. Dans ce temps diminué, les enseignants et les élèves doivent se confronter à des programmes plus chargés et à des savoirs plus complexes. Les enseignants sont contraints d’augmenter le nombre d’évaluations… et donc d’enseigner encore moins !

L’école envahit le temps libre. Pour assurer la réussite de leurs enfants, les familles refont l’école à la maison. Le soir, le week-end, on reprend les devoirs. L’école envahit jusqu’aux loisirs : école de musique, de théâtre, de sport… Même le temps libre est mis au service de la réussite scolaire.

Un temps marchandisé. Moins de temps pour l’école, c’est plus de temps pour les vendeurs de réussite, les marchands de soutien, d’aide, de confiance en soi. C’est du temps collectif et gratuit que l’État offre au marché.

Le résultat, c’est la montée des inégalités : entre ceux dont la culture familiale est proche de la culture scolaire et les autres ; entre ceux qui peuvent se payer cours particuliers, cours de musique ou cours de sport et les autres. Les enquêtes Pisa ont beau jeu de s’en offusquer : c’est le modèle d’école qu’elles cherchent à nous imposer, fondé sur l’évaluation de compétences individuelles décrochées de tout savoir, qui est à l’origine de cette augmentation des inégalités !

Il est urgent de travailler à une autre organisation du temps.

Du temps pour enseigner à l’école tout ce qui permet la réussite scolaire. Pour enseigner à tous les enfants les savoirs complexes qui leur seront nécessaires pour maîtriser leur vie d’adulte, il faut du temps. Le temps volé à l’école doit lui être rendu : retour à la semaine de 26 heures, création de postes en nombre suffisant pour scolariser tous les enfants de 2 ans dont les familles le souhaitent. La scolarité obligatoire doit être étendue de 3 à 18 ans.

L’augmentation du temps de classe ne doit pas avoir pour conséquence une augmentation du temps de travail des enseignants, déjà surchargés. Il faut donc plus d’un enseignant par classe. Et il faut donner aux enseignants le temps de faire leur métier : libérer du temps, dans leur service, pour permettre la concertation et le travail collectif et relancer la formation continue

Libérer le temps du loisir des pressions du marché. Pour que tous les enfants aient accès à un loisir éducatif de qualité, nous proposons la création d’un grand service public déconcentré du loisir. Cela implique la création d’une filière animation, garantissant la pérennité des emplois et l’accès à la formation continue. Il est temps de refonder le partenariat entre l’État et les associations d’éducation populaire en recréant des postes de détachés de l’éducation nationale dans ces associations.

Du temps pour les familles. Nos combats ne s’arrêtent pas à la porte de l’école. Les conditions de travail des parents doivent leur garantir le temps d’être avec leurs enfants, à leur place de parents, et d’être en dialogue avec l’institution scolaire. C’est pourquoi nous demandons un statut pour les représentants de parents d’élève permettant à tous les parents de s’investir à égalité dans la vie de l’école. C’est pourquoi nous nous battons contre le travail du dimanche et les horaires décalés, pour une sécurité d’emploi et de formation. Il est urgent de repenser le travail pour libérer le temps de l’emprise du marché.



[1] Voir à ce sujet le récent ouvrage de Dominique Méda et Patricia Vendramin, Réinventer le travail, P.U.F., 2013

 

Il y a actuellement 1 réactions

  • BRAVO MARINE!

    Enfin des choses claires , limpides et JUSTES , comme on les aime ! Question : comment fait-on? Pourquoi ne pas réfléchir à l'organisation d'Etats généraux du système éducatif? Je ne dis pas "lançons" mais songeons y sérieusement ; ce qui se passe avec les CPGE est tout à fait illustratif ;je viens de lire la Tribune de l'Huma d'aujourd'hui ; je ne connais pas le Collègue qui écrit ; il a raison sur un point central : la finance ce n'est pas les Profs de CPGE ; mais d'un autre côté , ça ne va pas ; on ne peut pas conserver ce système qui fait eau de toutes parts pour les raisons que tu donnes d'une part et aussi parce que ce système est incapable d'affronter les enjeux du monde . Qui va le dire ? où ? Je suis convaincu que nous pouvons marquer des points très importants pas seulement en réunissant des témoignages mais en créant le brain storming indispensable ; affectueusement OLIVIER GEBUHRER

    Par OLIVIER.GEBUHRER, le 10 December 2013 à 14:13.