Réseau école du Parti communiste français

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Intervention de MArie George Buffet au nom du groupe Front de gauche sur la loi de refondation de l'école

Marie-George BUFFET

Députée la Seine-Saint-Denis

 

Refondation de l’école de la République

lundi 11 mars 2013 – 1ère séance

 

Discussion générale

 

 Madame la Présidente, mesdames et monsieur les ministres, monsieur le rapporteur,

 Cher-e-s collègues,

 

L’école ouverte à tous et toutes, l’école qui a pour mission la réussite de chacun et chacune est source d’épanouissement pour chaque individu. Elle est aussi  au cœur de l’originalité de notre  République, dont les avancées sociales et humaines sont, essentiellement issues de l’intervention populaire, de la démocratie grâce à l’accès du plus grand nombre aux connaissances.

L’école de la République, qui a su offrir à des générations de filles et de garçons la possibilité de se former, d’acquérir des connaissances quel que soit le milieu social dont il ou elle était issu, d’être acteur, actrice dans la société a longtemps été une référence.

Mais, l’Education nationale a beaucoup souffert cette  dernière décennie !

Aussi, nous ne pouvons que nous satisfaire de voir affirmée  une nouvelle ambition pour cette Ecole à laquelle nous tenons.

L’école a en effet  besoin d’une rupture forte avec la politique de la droite, qui a sacrifié l’éducation de nos enfants au  libéralisme, en imposant des critères comptables à ce qui relève de l’humain d’abord.

A coup de RGPP, de dénigrement des compétences des équipes éducatives, le travail des enseignants et le parcours des élèves ont connu de plus en plus de difficultés.

Aussi, refonder l’école est une ambition vitale pour l’avenir, celui de notre pays à travers celui de ses enfants.

Car, il faut le reconnaitre, l’école de la République ne permet plus aujourd’hui la réussite de toutes et tous. Notre système est  aux abonnés absents d’une véritable démocratisation. Il n’arrive plus à dépasser les inégalités sociales et territoriales.

Le projet de loi qui nous est aujourd’hui soumis répond-il vraiment à cette belle ambition ? Monsieur le Ministre, vous nous avez mis en appétit par vos interventions et la consultation que vous avez menée sur la refondation, mais le menu contenu dans votre projet de loi, n’est pas satisfaisant! C’est d’ailleurs la raison de la manifestation nationale pour l’éducation du 6 avril prochain à l’appel de la FSU dont l’objectif est de tenir «les engagements d’un projet ambitieux de l’école maternelle jusqu’à la fin du lycée…»

Abordons d’abord la question de l’équipe pédagogique pour, d’abord, me féliciter de la création des Ecoles Supérieures du professorat et de l’éducation. Avec le retour à une  formation professionnelle des maîtres, dans le cadre d’une formation universitaire de haut niveau, et, d’un effort de prise en compte et de développement de la recherche pédagogique, ce projet de loi est en rupture avec la politique précédente qui avait rayé la formation du métier d’enseignant.

Mais, nous restons au milieu du gué. L’absence d’un véritablement pré recrutement  risque  non seulement de limiter les vocations, notamment pour les jeunes issus des catégories les plus modestes, mais aussi d’amoindrir la qualité de la formation.

Les emplois «avenir professeur» ont certes  un semblant de pré recrutement, mais n’en sont pas !

Ils  relèvent en effet du droit privé, ils sont conditionnés à un travail à mi-temps sans en avoir le salaire et commencent, dans les territoires les plus démunis à être proposés pour les remplacements, faute de maitres formés à mettre devant les classes. On ajoute ainsi de la précarité, de l’inexpérience à un système scolaire qui, au contraire, a besoin de fondations solides.

C’est le sens des amendements que les députés-es du Front de gauche ont soumis au débat.

Ces exigences au plan de la formation et des statuts doivent accompagner le nouvel effort de recrutement.

Après des années de réduction de postes, le projet de loi-programme la création de 60 000 postes sur la durée de la législature. 1000 postes seront consacrés à la formation initiale et continue des enseignants, 7000 pour «plus de maitres que de classes», 3000 pour l’accueil des enfants de moins de trois ans dans certaines écoles maternelles. C’est une avancée positive mais, la situation très tendue de certaines territoires, comme de la Seine Saint Denis, montre que nous avons besoin d’un  plan de rattrapage soutenu dans le temps et qui, je l’espère, ne sera pas mis en cause par les nouvelles saignées programmées par les politiques d’austérité européennes.

Embauches et statut. Aujourd’hui, à l’Education nationale, trop de personnes sont embauchées sous des contrats de droit privé pour une durée limitée .

Aussi, je  souhaiterais  connaitre vos objectifs en matière de titularisation et de déroulement de carrière de ces personnels – et les modalités de validation des acquis à mettre en place dans cet objectif.

Enfin, pour valoriser les métiers de l’éducation et donner envie  à de nombreux jeunes de les investir, il faut parler formation,   statuts, mais, il faut aussi parler  salaire. Et de ce point de vue, Monsieur le Ministre, nous aimerions connaitre les intentions du gouvernement après trois ans de blocage.

Monsieur le ministre,

Votre projet est centré sur l’élémentaire et la maternelle, il renvoie à plus tard la réforme du second degré alors que nous savons que le collège est un passage difficile de notre système éducatif et qu’il débouche trop souvent sur une orientation précoce et subie avec pour conséquence  l’échec scolaire, et les nombreux «décrocheurs».

Nous aurions pu construire cette loi sur une obligation scolaire de 3 à 18 ans ? Cela aurait permis de traiter du  rapport entre le premier et le second degré au-delà du cycle CMI, CM2, 6ième. Cela aurait permis de reporter l’orientation des élèves et ainsi d’assurer à chacun et chacune une culture commune de haut niveau. Cela aurait montré les limites  de la démarche du socle commun qui perdure  dans le projet au détriment de l’idée de culture commune.

Vous nous dites, monsieur le Ministre, que d’autres lois sont à venir sur le second degré .Mais alors une question se pose : pourquoi décider aujourd’hui de la régionalisation des lycées professionnels ? Certes, un amendement a été adopté donnant le dernier mot au rectorat dans le choix des filières; mais rien n’est dit sur l’ambition que vous avez affirmé, notamment sur le niveau connaissances délivrées par ces établissements. Ni, non plus, sur l’intégration de l’enseignement professionnel dans l’enseignement général, dans la culture commune que devrait délivrer l’Education nationale.

Pour revenir à l’objet de votre projet de loi et à ses propositions concernant le premier degré, je voudrais vous questionner sur  l’école maternelle.

La loi reconnait- et je m’en félicite -  cette école comme une école à part entière. Alors, pourquoi ne pas décider maintenant de ramener à 3 ans l’âge du début de la scolarisation obligatoire. Nous avons déposé des amendements en ce sens.

Par ailleurs, la loi prévoit que les missions et programmes de l ‘école maternelle soient revisités. Elle ouvre aux zones d’éducation  prioritaires la scolarisation à deux ans. Pour notre part, et c’est le sens de nos amendements, nous pensons que tous les enfants dont les parents le souhaitent  doivent être accueillis partout pour garantir pour une meilleure scolarité. Bien sûr, cet accueil à deux ans nécessite une formation  et des conditions d’encadrement spécifiques, comme je l’avais souligné dans une proposition de loi sur la scolarisation à 2 ans.

Un autre sujet me tient particulièrement à cœur, celui de l’aide aux enfants en difficulté car il est au cœur de nombreuses mobilisations, je veux parler des RASED.

Les amendements adoptés par la commission visent à les conforter. Mais rien n’est dit dans le corps du projet  sur les objectifs pédagogiques de ces réseaux et leurs rapports avec «le maitre en plus». Quid de la formation des maitres spécialisés ? Quid de leur lieu de travail, dans la classe ? Ailleurs ?

Nous sommes satisfaits que soit acté que l’enseignement artistique relève de l’Education nationale et non du périscolaire. Car il serait dommageable que ces enseignements et d’autres soient délégués. Quant aux rythmes scolaires, leur réforme pose également le problème de la qualité éducative du périscolaire. Cela demande que chaque commune dispose, au-delà de la première année des moyens nécessaires pour avoir un encadrement qualifié et des locaux adaptés.

Une dernière remarque sur votre projet de loi,  trop d’acteurs des équipes éducatives, sont absents des conseils nationaux  mis en place sur les programmes et l’évaluation, je vous propose, par amendements d’y remédier.

Pour conclure cette intervention, je voudrais dessiner une image de la refondation de l’école.

Prenons cette «Refondation» comme une maison à construire. Je dirais qu’avec le projet de loi qui nous  est soumis, nous posons de premières pierres, mais le chantier est loin d’être terminé.

Nous avons encore du travail à accomplir pour que cette loi permette à l’Ecole de la République d’assurer la réussite de tous les élèves.

Nous sommes disponibles pour y travailler.

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