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Comment enseigner la laïcité aujourd'hui ? Tribune dans l'Humanité

 

Trubune initialement parue dans l'Humanité du mardi 12 octobre 2021.

 

Depuis les attentats islamistes de 2015, et plus encore après l’assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste il y a un an, l’enseignement de la laïcité apparaît à la fois comme une urgence et comme un défi. L’injonction à « enseigner la laïcité » est contredite par les politiques éducatives menées par Blanquer et Macron, qui font la part belle à l’enseignement privé, qui cherchent brutalement à transformer les enseignants en exécutants et font ainsi obstacle à la construction de l’esprit critique, et qui renoncent à l’ambition d’une école commune à toutes les classes sociales. La laïcité n’est pas un objet d’enseignement parmi d’autres. Pour enseigner la laïcité, il faut la mettre en pratique, et cela engage un projet pour l’éducation : celui d’un école commune, qui permette à tous les élèves de s’approprier des savoirs pour comprendre le monde dans lequel ils vivent et le transformer.

 

L’enseignement de la laïcité n’a donc rien à voir avec l’imposition de valeurs ou de principes, fussent-ils républicains. Il s’agit au contraire d’enseigner le processus historique dans lequel la laïcité s’est construite, de donner à comprendre les débats qu’elle a suscités, sa portée et ses enjeux, pour construire ensemble des valeurs et des principes partagés. Les perspectives disciplinaires, en histoire mais aussi en sciences économiques et sociales, en français, en philosophie ou en éducation physique et sportive par exemple, sont à ce titre bien plus éclairantes qu’un enseignement dédié, qui risquerait de tourner au catéchisme républicain. Encore faudrait-il avoir le temps de les développer : les politiques de réduction du temps scolaire menées depuis plus de dix ans, avec le passage à la semaine de 26h au collège ou la réduction des horaires de français et d’histoire à 1h30 hebdomadaire en lycée professionnel, rendent un tel enseignement de plus en plus difficile. Tous les élèves sont capables de réflexion et d’échange argumenté, mais ils ne le sont pas à n’importe quelles conditions. Pour que tous les élèves puissent s’approprier la culture scolaire, la faire dialoguer avec leur culture familiale et avec celle des autres, accéder à la réflexion critique et se construire comme personne libre dans le collectif, la question du temps est essentielle : c’est pourquoi le PCF propose de revenir à une semaine de 27h de classe en primaire, et d’arriver progressivement à 32h hebdomadaires dans le secondaire.

 

Donner du temps est nécessaire, mais ne suffit pas. L’enseignement ne peut pas être émancipateur si les enseignantes et les enseignants ne sont pas en position de maîtriser leur métier : les contenus qu’ils enseignent, les origines des difficultés des élèves, leurs propres pratiques d’enseignement. Cela implique de reconstruire une formation initiale et continue de haut niveau, mais aussi de rompre avec les politiques qui transforment les chefs d’établissements et les cadres de l’éducation nationale en managers. Pour enseigner les sujets qui font débat dans la société, les enseignantes et les enseignants ont besoin de pouvoir s’appuyer sur un collectif à la fois cohérent et démocratique.

 

Surtout, l’émancipation de nos élèves suppose un enseignement laïque, protégé de tous les dogmes qu’ils soient religieux, politiques ou économiques. Il est dangereux qu’une conception de la laïcité très contestée par les spécialistes de la question soit imposée dans l'institution scolaire parce qu'un ministre en a décidé ainsi. Il est tout aussi dangereux que des lobbies patronaux, relayés par certains économistes, influencent les programmes de sciences économiques et sociales en faisant des postulats et des résultats de l’économie néoclassique une vérité révélée. Pour éviter l’instrumentalisation des programmes au gré des alternances politiques, ils doivent être élaborés démocratiquement par les enseignantes et enseignants, les chercheuses et les chercheurs, en associant l’ensemble des acteurs de l’éducation, de la vie culturelle, économique et sociale.

Sébastien Laborde, Christiane Le Pennec, Erwan Lehoux, Marine Roussillon et Patrick Singéry,
pour le réseau école du PCF.

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Comment enseigner la laïcité aujourd'hui ? Tribune dans l'Humanité

le 15 octobre 2021

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