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Carnets Rouges n°17 : édito

Edito : Politique néolibérale et rhétorique de la réforme
 

 Le très médiatisé ministre de l’éducation est un spécialiste du prétendu ni droite ni gauche, ce qui peut rendre difficile le décryptage de ses discours, parés d’un vernis progressiste, car c’est au nom de la lutte contre l’échec scolaire des enfants des classes populaires que sont organisés, dès les premières années de scolarité, tri et sélection. 

Le matraquage communicationnel sans précédent qui accompagne la salve des réformes initiées a bien pour fonction de duper ce qu’il est convenu d’appeler l’opinion publique et de masquer les enjeux de la politique ministérielle. 

L'article premier de la loi dite de la confiance est emblématique de ce brouillage organisé. Sa position première dans le texte donne un cadre de lecture pour l’ensemble des dispositifs, en dessinant les contours d’une transformation du métier d’enseignant, où l’autoritarisme évacue de fait l’expertise professionnelle de ces enseignants assignés à se soumettre aux injonctions ministérielles. 

Comme sont assignés à résidence de leurs origines les élèves, dont les « profils », définis avec force évaluations, statistiques et autres algorithmes, justifieront des orientations socialement marquées, rendues alors « nécessaires » par des différences « naturelles » qu’il s’agira de prendre en compte au nom d’une individualisation bienveillante. L’université, ce n’est pas pour tout le monde ! 

Ce qui est fondamentalement en jeu, c’est l’institutionnalisation de l’inégalité alors qu’il n’est question que de confiance, de réussite, de pragmatisme ou de liberté.

Ce discours est totalisant, monologique tant l’interdit de toute discussion, toute contradiction, voire tout véritable questionnement, est sans appel (article 1 de la loi, suppression du CNESCO...). 

Le ministre emprunte à plusieurs registres, du mépris (des familles, des élèves et des enseignants), au bon sens (il faut accompagner les élèves dans leurs apprentissages !). Il en réfère au pragmatisme (trop d’élèves s’ennuient à l’école), joue sur de supposés consensus, tout en multipliant les injonctions les plus réactionnaires (programmes d’histoire...). S'il en appelle à la liberté, c’est à celle d’un élève auto-entrepreneur de lui-même ou à celle, ligotée, d’enseignants caporalisés. 

Il se pose en courageux réformateur pour mieux favoriser le privé (obligation scolaire à 3 ans, transformation de la voie professionnelle). 

Car il s’agit de manier une habile rhétorique afin de ne jamais dévoiler abruptement le projet qui soutient la politique mise en œuvre. Et le mensonge alors est un outil bien utile (l’échec scolaire imputé à la méthode « globale » !!). C’est un récit que construit le ministre, le récit d’une politique mise en place à marche forcée, issue du cadre idéologique de l’Institut Montaigne et qui tourne violemment le dos à tout projet de démocratisation du système éducatif. 

Sont attendues la soumission et l’exécution, au nom d’une science qui dirait la vérité. Ce retour scientiste au 19ème siècle, permet d’évacuer des décennies de recherche pour privilégier la neuropédagogie, idéologiquement compatible avec ce projet politique. Où l’homme réduit à un cerveau perd ainsi ce qui fait humanité. Et où la « science » plutôt que d’émanciper, aliène. 

 

Alors bien sûr il demeure impératif de déconstruire ce discours, d’analyser les graves enjeux sociaux de cette politique de casse de l’école publique, de décrypter les stratégies, de démontrer la cohérence derrière la multiplication de dispositifs. Comme il est impératif de bâtir des alternatives. 

Des recherches pédagogiques et universitaires, des pratiques professionnelles et sociales existent qui ouvrent à des propositions démocratisantes et sur lesquelles s’appuyer.       

S’il est manifestement difficile de fédérer le déjà là, ce n’est en rien impossible.

 

Christine Passerieux

 

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