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Edito : Quand le libéralisme se saisit de l'école

Edito

L'heure serait donc au(x) "grand(s) débat(s)".

Il n'est évidemment pas question ici d'analyser les raisons qui poussent le pouvoir actuel à concéder des espaces de paroles, au demeurant fort restreints et balisés, mais d'y constater une absence de marque : l'éducation. Elle n'apparait pas dans la "lettre aux français" du président de la République et ne fait pas partie des "quatre grands thèmes" qu'il convoque dans cette lettre. Et ce ne sont pas les 'opérations de com' du même président et de son ministre de l'Education Nationale qui masqueront cette absence, tant elles montrent jusqu'à la caricature ce qu'une "pédagogie" ainsi réduite à de la communication et une "bienveillance" exhibée dans chaque geste, chaque posture, suintent d'arrogance et de mépris de classe.

Pour le pouvoir actuel, l'éducation ne fait pas et ne doit pas faire débat. Car l'enjeu est trop important. La politique éducative se doit de rester en de bonnes mains et Blanquer, avec l’aval du président de la république en fait le laboratoire dans lequel est mis en oeuvre leur projet néolibéral dans ses dimensions économique, sociale, idéologique et politique.

Et ce dans des modalités nouvelles où la communication est reine, les discussions et négociations nulles et non avenues, la parole des professionnels confisquée. La succession de dispositifs élaborés depuis deux ans, jusqu'à la loi Blanquer, commencent à être perçus par un nombre grandissant d'enseignants et de citoyens comme un tout cohérent obéissant à une logique de fragmentation culturelle, sociale, territoriale... La multiplication de dispositifs, imposés à une cadence rarement atteinte, fait cohabiter conservatisme rassurant, rapport inédit au service public, réformisme réactionnaire et autoritarisme assumé.

La prolifération de ces dispositifs, leur diversité et leur teneur nécessitent qu’en soient explorés les objectifs souvent masqués, ainsi que les conditions de leur mise en place et les effets qu'ils produisent et produiront à plus ou moins long terme.

Soumission aux lois du marché et transformation du métier au nom de l’autonomie, sélection à l’entrée dans le supérieur, entrée de plus en plus massive du privé dans le service public d'éducation, abandon d’un projet égalitaire en éducation prioritaire, sélection par l’évaluation ségrégative et de moins en moins scientifique… Le droit à l’éducation pour tous, la démocratisation de l’accès aux savoirs, l’ambition culturelle ne sont plus à l’ordre du jour quand le service public d’éducation est à ce point la cible à abattre. Se joue une profonde mutation de l’éducation, tant dans son organisation que dans ses missions alors que le libéralisme s’en empare de manière particulièrement brutale.

 

Il s’agit bien alors de contribuer à "secouer le joug", comme nous y invite un des auteurs de ce numéro de Carnets Rouges. De contribuer également à résoudre un apparent paradoxe qui opposerait libéralisme et réaction, "réformisme" proclamé au nom de la modernité et conservatisme vérifié dans les actes.  L’autoritarisme de plus en plus décomplexé du pouvoir actuel pourrait bien être la réponse à ceci qu'il craint par dessus tout : Que les luttes émancipatrices qui émergent dans le champ social,  notamment dans celui de l'éducation, ne  démontrent que le libéralisme et le "progressisme" dont il se revendique ne sont jamais que les habits « neufs » d'un conservatisme vieux comme "l'ancien monde". Celui d'une classe accrochée à ses intérêts.

 

Patrick Singéry

 

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