Réseau école du Parti communiste français

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Plusieurs fronts, un même projet libéral, une réponse politique.

Jean-Michel Blanquer se targue de réussir à imposer sa vision de l'éducation avec le soutien d'une majorité de la population. S'appuyant sur les inégalités et défaillances du système éducatif pour mieux les agraver, ignorant ses qualités, il veut imprimer l'idée que l'équité consiste à détecter et promouvoir des qualités liées au mérite et aux dispositions personnelles, auxquelles la compétition organisée à tous les étages du système permettra de se révéler. C'est un projet profondément politique qui fait écho à l'organisation, sur le même principe, par la loi travail, du salariat. C'est une vision de la société selon laquelle tout individu se construit par la rivalité avec ses concurrents, et tout collectif n'existe que par communauté d'intérêts. L'Etat organise la compétition, faite pour que les héritiers de classe sortent massivement vainqueurs avant d'arbitrer à leur tour. Il est important de montrer la cohérence du projet, malgré le tourbillon des réformes, et d'y opposer celui d'égalité et d'émancipation que nous portons.

La réforme de l’entrée dans l’enseignement supérieur dite « réforme Vidal »

Adoptée le 15 février, cette loi instaure la sélection à l’entrée de l’université en permettant aux universités de refuser les étudiants dès lors que leurs capacités d’accueil sont atteintes. Chaque établissement pourra définir des critères locaux, à partir d'attendus nationaux très vagues. Les résultats des élèves, mais aussi leur motivation, leur engagement éventuel dans des activités extrascolaires ou tout autre critère pourront être pris en compte via des algorithmes plutôt opaques. Les notes pourront même être pondérées en fonction de classement du lycée d’origine, renforçant ainsi les inégalités territoriales ! Et les enseignants des universités ont une douzaine de semaines pour examiner des milliers de demandes...

Pour s'ajuster à cette réforme, une nouvelle plate-forme d'admission dans le supérieur, ParcourSup, remplace APB (admission post-bac). Chaque lycéen formule en mars dix vœux d'affectation non hiérarchisés -l'aide au choix s'ajoute à la charge des professeurs principaux-, puis vient un aller-retour entre les réponses des universités et ses propres choix. La procédure s'étale sur tout l'été, avec un délai de réponse par internet pour le lycéen qui se réduit à chaque étape : 7 jours, puis 3, puis 24 heures. Un délai non respecté, et il est radié de l'ensemble du processus.

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La réforme du bac et du lycée général et technologique dite "réforme Blanquer"

Elle adapterait le bac et donc le lycée tout entier, au mode de sélection de l'enseignement supérieur. Le bac en classe terminale se réduirait à quatre épreuves, dont l'une serait un grand oral. Les filières ES, L et S de la voie générale seraient ainsi supprimées au profit de parcours individualisés formés d'un tronc commun puis d'un choix de "majeures" et de "mineures" parmi les options proposées par chaque lycée. Pour le reste, chaque établissement aura à mettre en place un contrôle continu dont le poids est très important. Le flou persiste quant à l'avenir des actuelles filières technologiques.

C'est bien un lycée modulaire sur le modèle anglo-saxon, de plus en plus individualisé, qui est proposé, avec tous les risques que cela comporte : la disparition de la cohérence des enseignements disciplinaires ; des choix d'orientation, qui, sous couvert de liberté, dépendront de l'offre locale et auront dès la classe de seconde, des répercussions très lourdes sur l'orientation - malheur aux non-initiés aux arcanes du système !- ; des parcours modulaires de même valeur sur le papier, mais qui, par le jeu de la sélection à l'université, accroîtront en l'invisibilisant la hiérarchie des formations.

Quant au baccalauréat, il cesse d'être un diplôme de référence nationale, ouvrant de droit à l'accès aux études supérieures et correspondant à une qualification reconnue dans les conventions collectives, pour devenir un portefeuille de compétences dont la valeur relative est soumise à l'appréciation de l'employeur ou de l'établissement supérieur visé.

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La réforme de la voie professionnelle dite "réforme Pénicaud"

Fidèle aux ambitions de la droite, le gouvernement entend soumettre la formation professionnelle aux volontés du patronat. La place des branches professionnelles et des régions dans la définition même de la carte des formations et des programmes sera accrue.

Le développement de l'apprentissage, confondu à dessein avec la formation en alternance, est le pilier de la réforme, au détriment de toute ambition éducative. La formation s'ajuste étroitement aux seuls gestes utiles à l'entreprise locale, sans donner les moyens de maîtriser et de penser ni son travail, ni les choix de société qu'il implique. Les discriminations de recrutement de tous ordres se trouvent renforcées par le recrutement sélectif de l'apprentissage.

Pas question bien sûr de supprimer la voie professionnelle scolaire, étranglée un peu plus encore, et réduite à l'effet d'aubaine attendu du patronat : une seconde professionnelle sans spécialité, de "détermination", correspondant de fait au souhait du Medef d'accueillir à son issue des apprentis dont il n'aura pas eu à assurer le minimum de bagage général qu'il attend. Ce qui aboutit à réduire à deux ans la préparation du bac pro qui ne disposait déjà plus que de trois ans au lieu de quatre : bon moyen de dissuader un peu plus encore ces élèves de poursuivre des études supérieures ! Et tant pis pour la difficulté accrue de la mission éducative des enseignants et de leurs conditions de travail.

#tri social# #pouvoir du patronat local accru# #inégalités territoriales# #évaluation permanente# #opacité de la sélection #surcharge de travail#

 

La réforme de l'orientation

Moins connue, elle n'est pas moins importante. Elle consiste principalement à transférer aux régions -qui, pour beaucoup, en ont fait la demande- la compétence de l'orientation. Dans le même temps, les conseillers d'orientation psychologues (COPsy) ont changé de statut. Ils ont désormais le titre de psychologues de l'éducation nationale (Psy-EN). En donnant satisfaction sur ce point aux COPsy et aux psychologues scolaires du premier degré, la réforme soustrait aux personnels de l'éducation nationale la question de l'orientation, même si une des deux spécialités (second degré) est dénommée "éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle" (EDO).

Ces mesures sont en cohérence avec la création, en terminale, d'un second professeur principal, dont la mission est d'accompagner les élèves en matière d'orientation. De fait, tandis que les régions prendront en charge l'orientation des jeunes ayant quitté la voie scolaire, et que les psy-EN se concentreront moins sur les questions d'orientation, ce sont, dans les collèges et les lycées, les professeurs qui devront assurer cette mission, comme le confirme la création d'une certification spécifique envisagée pour les professeurs. Les enseignants deviennent tout à la fois formateurs, évaluateurs, et orienteurs, au risque d'enfermer élèves et enseignants dans un rapport d'individu à individu où tout se confond.

Nous sommes bien loin de notre projet de création d'un service public national de l'orientation, qui n'aurait pas un rôle d'aiguillage passif, mais pourrait ouvrir pour tous les élèves le champ du regard sur les possibles.

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