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La démocratisation de l’université, pilier de la réussite éducative par Jérémy Roggy, enseignant en physique-chimie

60 % : voila le chiffre répété en boucle par le gouvernement pour justifier sa réforme de l’accès à l’université. Celui-ci serait le taux supposé de l’échec en premier cycle. Pourtant, si on regarde de plus près les parcours étudiants, ces derniers sont bien plus complexes. Si peu d’étudiant.s obtiennent leur licence en trois ans, cela s’explique par les réorientations en début de premier cycle : qu’il s’agisse d’étudiants issus de classes préparatoires, d’IUT, ou tout simplement d’autres ayant changé de parcours pendant leur L1. À ces parcours non linéaires s’ajoute une réalité : 50 % des étudiants travaillent à côté des leurs études pour les financer.

 

Un « plan étudiants » a été également annoncé avec comme objectifs l’amélioration de l’orientation des lycéens, la rénovation des formations universitaires en premier cycle, et favoriser la réussite étudiante. Cela s’inscrit dans le projet des nouvelles franges libérales : les évolutions récentes du monde du travail appellent à une élévation du niveau de qualification des travailleurs, et le patronat et ses alliés veulent s’en saisir. Pourtant, derrière les effets d’annonces, ces derniers ne veulent pas mettre la main à la poche.

 

Plus largement, c’est une autre logique initiée sous le quinquennat précédent qui est poursuivie : celle dite du « bac-3/bac+3 ». Ici, c’est la mise en place d’une continuité factice entre le lycée et le premier cycle universitaire, de la Seconde à la L3, qui est clairement voulue. Dans ce cadre, le projet d’études se construit avant tout dès la fin du collège. Rien d’étonnant que le baccalauréat soit la cible toute désignée des libéraux : diplôme national et universitaire, il garantit l’accès assez libre à certaines filières et reconnaît un niveau de qualification et de droits sociaux.

 

Dévoilés récemment, nombre d’attendus sont irréalistes comme en STAPS ou en physique-chimie, en demandant à des lycéens de Terminale le niveau d’un étudiant de L2 voire de L3. C’est une sélection qui ne dit pas son nom qui va s’opérer, aux dépends des lycéens des classes populaires. Clairement, ceux qui n’auront pas les moyens financiers pour passer des remises à niveau, décrocher le permis B et le BAFA, ou encore avoir des activités extrascolaires risquent d’être rapidement pénalisés. La mobilité forcée a ses limites, et ce d’autant plus si la formation proposée sera en décalage avec le projet et l’académie d’origine du néo-bachelier. Qui plus est, l’instauration de cette sélection en L1 va être un véritable casse-tête pour les universitaires, qui vont encore faire face à une augmentation du nombre d’étudiants à la rentrée universitaire 2018-2019.

 

Les évolutions récentes du monde du travail demandent une organisation progressiste radicalement nouvelle du lycée et de l’enseignement supérieur, avec un objectif double de qualification et d’autonomie pour les travailleurs et citoyens de demain. Comme dans l’enseignement supérieur, les recettes libérales doivent être combattues au lycée pour l’échec massif et chronique qu’elles suscite. Si la série scientifique du lycée est actuellement la plus valorisée par nombre de parents, cela est avant tout parce qu’elle ouvre la voie à un large éventail de parcours post-bac, et rend de fait les réorientations moins difficiles pour les étudiants. À côté des matières scientifiques, d’autres matières sont proposées en série S avec des volumes horaires importants : français, philosophie, langues, histoire-géographie. C’est cette logique de polytechnicité qui doit être valorisée pour toutes les filières et séries du lycée. Il s’agit de battre en brèche la modulation et le cloisonnement des cours, pierres angulaires de la concurrence entre formations et établissements, qui se produisent déjà dans l’enseignement supérieur. Par exemple, le rôle croissant des sciences doit amener à élaborer des enseignements plus ambitieux pour les séries non-scientifiques : il s’agit de donner des clés de compréhension à tous ceux qui ne veulent pas faire d’études dans ce domaine, mais aussi leur laisser la porte ouverte à de futures réorientations possibles.

 

La professionnalisation des parcours et la place croissante des stages et de l’alternance dans l’enseignement supérieur doivent aller de pair avec la reconnaissance du travail en formation. Notamment, les étudiants sont de plus en plus conscients qu’ils sont les travailleurs de demain. À juste titre, la valorisation de leur travail, de leur contribution à la société, est primordiale. La mise en place d’un salaire étudiant supérieur au SMIC, et fixé selon le niveau et l’année d’études, est incontournable et indispensable pour cela. Il est à intégrer au sein d’un dispositif de sécurité emploi-formation, avec la création d’une branche de la Sécurité sociale dédiée à la formation pour rendre son financement possible.

 

Étoffer les filières et les parcours au lycée et à l’université est indissociable de la reconnaissance du niveau de chacun. Le diplôme doit rester une clé de voûte essentielle, et les moyens doivent être au rendez-vous pour permettre la réussite du plus grand nombre, en augmentant vraiment les budgets de l’éducation et de l’université publiques. Loin des discours nostalgiques sur l’enseignement élitiste des siècles passés, les massifications successives opérées depuis les années 1960 ont fait du niveau bac+2/+3 la norme pour beaucoup de jeunes. En rupture avec une sélection sociale précoce, c’est la démocratisation de l’enseignement supérieur qui doit être une priorité immédiate. Les étudiants enfants d’ouvriers et d’employés doivent voir les nombreuses barrières économiques tomber toutes pour permettre leur réussite dans leurs études et dans leur futur travail. Plus que le simple passage par l’enseignement supérieur, c’est la diplomation d’une part plus grande de la jeunesse qui est à atteindre, pour garantir les droits sociaux et des progrès nouveaux dans le monde du travail. Cette démocratisation tant retardée doit être le pilier d’un nouveau projet éducatif, où l’objectif premier est la réussite des jeunes qui n’ont que le lycée et l’université pour réussir leurs projets personnels et professionnels.

 

Jérémy Roggy, enseignant en physique-chimie

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