Réseau école du Parti communiste français

Réseau école du Parti communiste français
Accueil
 
 
 
 

Réforme du bac et plan étudiants : du tirage au sort au triage social...

 

Avec le nouveau bac et le Plan étudiants, Macron met en conformité le système éducatif avec le monde du salariat organisé par la loi travail et plus globalement le modèle de société libérale qu'il veut imposer. On y retrouve les axes majeurs de cette reconfiguration globale : sélection, individualisation, mise en concurrence. Le tout favorisant l'introduction de nouveaux marchés privés dans le domaine de la formation.

 

La sélection contre les apprentissages

 

La sélection est l'arme de destruction massive de toute forme de solidarité et d'organisation collective.

Evaluations, classement et sélections prolifèrent : dès septembre en CP, début de la scolarité obligatoire, une évaluation nationale repère l'élève qui sait déjà (ou pas !) identifier le dernier mot d'une phrase, distinguer majuscule et minuscule, etc... Puis vient la chasse au meilleur collège, aux options qui donnent un avantage dans la course au "bon" lycée, par le biais de procédures aussi opaques que chronophages. Le temps consacré à l'évaluation le dispute désormais à celui des apprentissages et de leur préparation, pour les élèves comme pour les enseignants.

Avec le nouveau « Parcoursup », quelque 700000 lycéens devront formuler une dizaine de vœux chacun, étayés par des lettres de motivation. C'est 7 millions d'avis que devront porter successivement les professeurs de terminale, puis, entre avril et mai, les établissements d'enseignement supérieur chargés d'examiner les dossiers. Et lorsqu'auront été donnés les avis sous forme de "oui", "oui si", ou "non", une seconde étape de classement démarrera. Avec à l’arrivée, des universités plus sélectives (et donc « meilleures » ?) et d’autres qu’on choisira par défaut. L'important n'est plus ce qu'on va étudier, mais où on l'étudiera, sur le modèle anglo-saxon.

 

Une sélection précoce et profondément inégalitaire

 

Le nouveau bac et l'organisation du lycée qui en découle casse les repères nationaux : à chaque lycéen son parcours, construit par des modules choisis dès la classe de seconde, à chaque établissement son baccalauréat, avec un poids du contrôle continu considérablement renforcé, à chaque quartier et chaque région sa carte de formation, sur laquelle le patronat local pèse de tout son poids.

En affirmant la fonction du bac comme simple "levier vers l'enseignement supérieur", on fait d'une pierre plusieurs mauvais coups. Le diplôme cesse d'être reconnu comme qualification, il n’est plus suffisant pour entrer à l’université. Ce qui comptera, pour obtenir la formation de son choix, c’est le « profil » individuel des candidats, sa correspondance avec les « attendus » de chaque formation, ces compétences (les revoilà !) exigées du postulant. Un profil, c'est quoi ? C'est avoir fait ses études au bon endroit, dans le bon lycée, en ayant choisi, dès l'âge de quinze ans, les modules scolaires et même les activités extrascolaires – désormais prises en compte – les plus rentables. Quel genre de personnes un tel système peut-il former ? Des adultes qui auront appris, dès l’enfance, à mettre tout leur temps – loisir et travail confondus – au service de leur carrière et de leur employabilité, dans une concurrence permanente de tous contre tous.

Quant à ceux, moins bien informés ou moins bien dotés, qui n’auront pas le « bon profil », on leur promet tutorat et contrat de réussite personnalisé pour baliser leurs choix, et ils ne pourront donc s'en prendre qu'à eux-mêmes s'ils échouent... Informer des impossibles plutôt que de former à tous les possibles.

 

Université : les sélectionneurs sélectionnés

 

L’université, devenue sélective, n’en sera pas pour autant revalorisée ! La mise en concurrence des établissements change progressivement leur offre de formation, et cela ne peut que s’aggraver. Là, des formations plus sélectives et plus ambitieuses, pour une petite minorité. Partout ailleurs, l’injonction à accepter plus d’étudiants avec moins de moyens, à sacrifier les contenus, à baisser les ambitions.

Se dessine ainsi de plus en plus clairement un enseignement supérieur à plusieurs vitesses. Certaines licences continueront à préparer à la poursuite d'études en second cycle universitaire, tandis que les autres prendront en charge les lycéens -dont l'essentiel des titulaires de bac pro- pour qui l'horizon doit s'arrêter à une licence faiblement monnayable puisque délivrée par une université de moindre prestige.

 

La continuité bac -3 / bac +3 tant vantée n’a donc pas grand chose à voir avec l’élévation générale du niveau de connaissances et de qualification dont notre pays a besoin ! La concurrence et la sélection sont mises au service de l’accroissement des inégalités. L’individualisation des parcours permet de refuser aux jeunes les avantages qu'ils devraient tirer de l'élévation de leur formation.

 

La sélection, une manne pour le privé

 

La réforme ouvre des perspectives alléchantes pour les marchands de l'éducation. Plus la formation s'individualise, plus les vendeurs de "coaching" prospèrent. Gageons que nombre d'officines privées se bousculeront pour assurer en quelques semaines la remise à niveau exigée pour la spécialité choisie et délivrer des certifications maison...

Par ailleurs, en surchargeant les universités de tâches nouvelles (sélection, actions de remise à niveau) sans leur donner les moyens supplémentaires de les assurer (voir encadré), le gouvernement prépare les esprits à une nécessaire augmentation des droits d'inscription, modulée bien sûr en fonction du prestige de l'université, ouvrant la voie pour les banques au développement du crédit étudiant, enjeu stratégique majeur de la réforme. (voir encadré)

 

Inévitable, la sélection ?

 

La sélection est présentée comme le seule remède possible aux maux de la société : Trop de chômeurs ? Qu'on les radie du chômage, ou qu'on les contraigne à accepter tout travail ! Trop d'étudiants qui encombrent les facs de leur échec ? Qu'on les sorte de l'université, ou qu'ils acceptent d'être fourrés là où restent des places. Et puisque le tirage au sort est vraiment trop injuste, remplaçons-le par la sélection sur dossier !

Mais une telle sélection n’est pas moins injuste. Elle accroît les inégalités. Elle ne répond pas au besoin d’une élévation du niveau de connaissance et de qualification dans la société. Elle corrompt la mission fondamentale de l’école comme de l’université : enseigner pour faire progresser, et non pour enfermer chacun dans ce qu’il est ; construire la réussite de toutes et tous, et non trier en fonction de compétences acquises avant et ailleurs.

Incontournable, le fait de ne pouvoir accueillir tous les bacheliers ? Pas si l'on augmente les capacités d'accueil des facs, à la hauteur de la réalité démographique et des aspirations légitimes à poursuivre des études supérieures à l'université.

Inéluctable, le taux d'échec élevé en premier cycle, d'ailleurs artificiellement gonflé en faisant entrer dans ce taux les réorientations choisies, les parcours plus lents d'étudiants salariés...? Pas si on s'attaque en amont à l'échec scolaire, pas si on améliore les conditions matérielles de vie et de scolarité des étudiants !

Les  mobilisations qui se développent dans les universités ouvrent des perspectives. Avec toutes celles et ts ceux qui s’opposent à la sélection généralisée, nous voulons construire un projet ambitieux et égalitaire pour l'éducation.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.