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Une OPA sur la formation professionnelle initiale

Depuis longtemps, l'apprentissage est vendu comme le remède miracle à l'échec scolaire et au chômage de la jeunesse. Certains jeunes, peu doués pour des études abstraites, s'épanouiraient dans le monde accueillant de l'entreprise…

Sans nier que l'apprentissage constitue aujourd'hui une solution individuelle pour un certain nombre de jeunes, force est de constater qu'en tant que système, il est loin de justifier les dépenses et la promotion dont il bénéficie.

L'effet d'aubaine fonctionne surtout pour le patronat, qui, tout en décriant très fort la formation initiale en milieu scolaire, y fait son propre nid en la sabordant de l'intérieur.

 

Une exigence exorbitante : tout régenter en matière de formation professionnelle initiale.

¤ mainmise sur les diplômes

Le Medef revendique la construction des diplômes par les branches professionnelles, sans contrôle des ministères de l'éducation nationale et de l'agriculture. Le projet, c'est de substituer au diplôme, attestant une qualification reconnue nationalement, un "portefeuille de certifications et compétences" acquises en contrôle continu d'un parcours individuel, sous tutelle patronale, dont la valeur d'échange serait attribuée par l'employeur. Au nom de l’adaptation aux « besoins » du marché du travail, une telle proposition vise à isoler les futurs salariés face à leur employeur.

¤ mainmise sur la carte des formations

Autre proposition du Medef : Il convient de donner aux entreprises et aux organisations professionnelles notamment, la faculté d'ouvrir elles-mêmes des CFA. La carte des formations doit être supprimée.

L'objectif : une adéquation parfaite entre les besoins immédiats régionaux et les formations… au mépris des projets des jeunes, et des besoins de la société ! Est-ce aux entreprises seules de définir les métiers dont nous aurons besoin demain ? Pour une économie utile, pour répondre aux besoins sociaux, relever les défis écologiques, nous avons besoin d’une politique nationale de formation et de création d’emplois de qualité.

¤ mainmise sur les modalités de formation

Le MEDEF réclame une autre organisation des temps d'apprentissage que celles de l'année scolaire traditionnelle. Vœu déjà en partie exaucé : pour un bac pro en 3 ans, on trouve des formations en apprentissage sur deux ans. C’est la porte ouverte à l’annualisation du temps de travail des enseignants, dans un premier temps en lycée professionnel...

Quant aux normes de travail de l'apprenti, le maître mot est l'allègement : sur simple déclaration, on fait travailler sur des machines dangereuses, on déroge aux règles du travail de nuit...

 

Former plus en dépensant moins

¤ le cheval de Troie du mixage des publics et des parcours

Le mixage des publics regroupe dans une même formation des apprentis et des lycéens, voire des stagiaires en formation continue. De cette façon, les entreprises font supporter à l'Education nationale, qui paye les enseignants, le coût de la formation. Le patrimoine public des plateaux techniques des lycées est ainsi offert, mutualisation oblige, à des organismes privés. Et aux enseignants de gérer l'hétérogénéité de leurs classes !

Le mixage des parcours autorise le changement de statut en cours de formation : un an de bac pro sous statut lycéen, puis deux ans sous statut d'apprenti. Bon moyen pour les entreprises de trier au bout d'un an de formation les lycéens qui les intéressent, sans avoir à s'engager sur un contrat de trois ans. La rupture d'un contrat par l'employeur deviendrait un simple changement de statut. Voyager au milieu de ces parcours chaotiques serait très formateur pour la jeunesse !

¤ le chantage à la taxe

Tout moyen est bon pour implanter ces dispositifs dans les lycées publics, quitte à sacrifier les sections existantes qui ne se prêtent pas au mixage. Outre les labels ronflants (type "lycée des métiers"), la plus sûre méthode pour enrôler est le chantage à la taxe d'apprentissage : celle-ci peut aujourd'hui bénéficier à des actions de formation hors apprentissage, et constitue, pour les lycées professionnels, un ballon d'oxygène permettant d'investir et de fonctionner. La réforme prévoit d'affecter la totalité de la taxe -déjà en baisse- au financement du seul apprentissage. Se soumettre au mixage ou s'étrangler, grâce à l'autonomie, le lycée a le choix !

Rentabiliser la formation professionnelle initiale

Apprentissage "voie d'excellence" ? Certes, pour un patronat galvanisé par l'arrivée d'un gouvernement taillé sur mesure, qui mène la bataille d'opinion tous azimuts pour changer l'image de l'apprentissage.

Il s'agit de placer une pièce supplémentaire du puzzle d'objectifs du traité de Lisbonne. 50% d’une génération à bac + 3, sélectionnés dès l’entrée au lycée… et pour les autres ? Les futurs salariés et employés des premières qualifications professionnelles, les futurs précaires qui subiront de plein fouet la loi travail et ses régressions sociales, tous ceux qui « ne sont rien » ? Il faut bien les former, l'évolution des métiers l'exige, mais sans que cette élévation soit reconnue ni rémunérée, ni ne fasse surgir des aspirations légitimes. C’est l’objectif des réformes annoncées de la formation professionnelle : détourner ces jeunes, majoritairement issus des classes populaires, de la poursuite d'études et du milieu scolaire, mettre sur pied une formation morcelée, inégalitaire, rentable pour l'entreprise mais non transférable, invisibilisée. Les adjuvants bien connus sont l'individualisation des parcours, les compétences, l'autonomie des établissements, la privatisation et la mise en concurrence, déjà à l'œuvre dans la réforme du collège.

Aucun aménagement à la marge n'est possible : c'est une bataille idéologique que nous devons mener, fédérant des forces à partir d'une vision radicalement différente des métiers et de la société.

 

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